Splitscreen-review Image de l'affiche du Festival de Clermont-Ferrand 2018

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Festival du court métrage de Clermont-Ferrand

Publié par - 12 février 2018

Catégorie(s): Cinéma, Expositions / Festivals

Le Festival du court métrage de Clermont-Ferrand fêtait ses 40 ans avec cette édition 2018 qui se déroulait du 2 au 10 février. Comme chaque année la ville accueillait un grand nombre de spectateurs internationaux, amateurs d’histoires courtes, ainsi que de nombreux professionnels venant profiter du dynamisme ambiant et du marché du festival pour développer ou chercher des projets.

 

La sélection s’articule autour de trois compétitions distinctes, Nationale, Internationale et Labo. Cette dernière réunit des productions qui possèdent une part expérimentale, dans leur forme ou leur processus d’écriture. Il n’y a pas de distinction entre animation, fiction et documentaire qui se retrouvent donc mélangés avec finesse et réflexion dans chaque séance de 1h30 à 2h.

À cela s’ajoutent les programmes spéciaux, à commencer par celui qui rejoint le thème de l’année, Tous à table, allant chercher sans contrainte d’époque des courts métrages aux tendances gastronomiques. Chaque année, cette sélection thématique offre un panel varié d’une grande qualité. Ensuite, un programme supplémentaire en forme de rétrospective est consacré à un pays. Cette année, ce fut la Suisse qui eut les honneurs de cet éclairage particulier. D'autres événements complètent la sélection, comme À court de rôles, hommage à des acteurs de longs métrages passés par le court métrage, mais aussi Regards d’Afrique, plusieurs cartes blanches producteurs, la Collection CANAL+, Décibels pour les amateurs de clips musicaux, les programmes scolaires, et la Sélection polar SNCF. En tout, ce sont 13 salles réparties dans toute la ville qui diffusaient toute la journée pendant 9 jours le riche programme du festival.

Pour les professionnels, le marché du film s’organise autour de stands d’informations et d’un espace dédié aux rendez-vous où se croisent diffuseurs, producteurs, scénaristes et réalisateurs. Le Festival est également ponctué par de nombreuses conférences organisées par les syndicats et les organismes d’aides régionaux et nationaux ainsi que des Masterclass.

 

Les chiffres du festival pour sa sélection 2018 sont tout de même impressionnants : 8471 films reçus pour une sélection finale de 154 répartis sur les trois compétitions. La sélection nationale par exemple a reçu 1846 films pour 54 films sélectionnés. 8 animations, 5 documentaires, 1 film expérimental, 40 fictions. Le reste des films reste accessible seulement aux professionnels accrédités qui ont accès à la base de données du marché du film.

Les prix décernés au final par les trois jurys, consultables sur le site du festival, ne doivent cependant pas faire oublier que l’ensemble de la programmation est d’une qualité exemplaire. À travers toutes ces œuvres, la liberté du format se fait sentir avec force. Les variations de durées sont propices aux surprises, ce qui est également le cas des ratios d'image : le 4/3 côtoie le 16/9 et le Cinémascope avec naturel et propose des compositions radicalement différentes. Les premiers films rencontrent les grands habitués du court, ou même du long, comme Antonin Peretjatko qui revient régulièrement au format court et qui, cette année, a amusé le public avec Panique au sénat. L'un des points forts du festival réside dans les moments privilégiés d'échanges avec les réalisateurs organisés tous les matins sous le nom d'Expresso, animés par Annick Rivoire, Claire Diao et Claude Duty. Les séances Expresso sont ouvertes librement au public, on s'y retrouve finalement peu nombreux, entre habitués. C'est là surtout qu'il est possible d'appréhender toute l'originalité de chaque projet, et de sentir l'énergie humaine derrière chaque film.

 

Cependant la liberté apparente n’est pas dénuée de réflexes récurrents, de propositions similaires, parfois symptomatiques d’une époque, d’une actualité, et parfois représentatives du statut même du court métrage, du système de production et de diffusion de ces films en France.

Identité, déracinement, violences sociales. Les nombreux passages à l’âge adulte des personnages résonnent souvent, peut-être en partie inconsciemment, avec la situation des réalisateurs de ces premiers ou deuxièmes films qui passent par le court métrage pour apprendre, grandir et pour s'offrir l’opportunité de réaliser un jour un long métrage. La démarche est loin d’être neutre et marque indéniablement le film qui devient vitrine d’un savoir-faire technique et/ou d’une maîtrise artistique. Ce qui n’empêche pas le récit d’être honnête et de faire sens indépendamment de la démarche de son réalisateur. Cela intègre ces images dans la grande industrie cinématographique de manière assumée et d’autant plus évidente qu’on peut voir 40-50 films en quelques jours, et bien plus pour ceux qui sont restés sur toute la durée du festival. Ça n’a rien de secret, ni de honteux, mais c’est un système et comme tout système, il repose sur des règles qui lui permettent de perdurer. Ces dogmes ou conventions produisent alors les images, autant que les réalisateurs.

 

 

Voici pour finir quelques coups de cœur observés lors de cette édition, sur un échantillon d’une quarantaine de courts métrages visionnés, avec résumés et commentaires.

 

  • Compétition internationale

 

Min Börda (Le fardeau),

Niki Lindroth Von Bahr / Suède / 2017 / Fiction animé / 14’

Comédie musicale animée aux accents apocalyptiques, en quatre épisodes qui se déroulent dans un supermarché, un hôtel, une plateforme téléphonique et un fast-food.

 

Comique de l’absurde poussé à extrême, dans une atmosphère de solitude assez sombre, servi par une animation très anthropomorphique de ces marionnettes dansantes.

https://www.arte.tv/fr/videos/075714-000-A/mon-fardeau/

 

Photo Jaunie

Fanie Pelletier / Canada / 2016 / Documentaire / 31’

Un documentaire dans lequel la réalisatrice retrace l’existence de son père, décédé lorsqu’elle avait douze ans, à travers un montage de ses mémoires.

 

L’expression d’une histoire très personnelle marquée par la maladie devient, à travers les textes du père de la réalisatrice et les images tournées avec les caméscopes familiaux successifs, un beau témoignage sur une époque et les questions de fond (la famille, le travail, la dépression) que se sont posées une génération entière.

 

Saint Hubert

Jules Comes / Belgique / 2017 / Fiction / 20’

Au cours d’une battue de grande envergure dans un des plus vieux parcs naturels de l’est de la Belgique, les policiers se heurtent à un garde-forestier prêt à tout pour protéger son territoire.

 

Exercice de style dans la mise en scène à suspens qui devient plus que ça, notamment grâce à la performance du protagoniste. La nature, glorifiée par des images contemplatives de sa faune, devient espace de fantasmes et d’allégories aux inspirations chrétiennes.

 

  • Compétition Labo

 

The Sacred Disease (La maladie sacrée)

Erica Scoggins / Etats-Unis / 2016 / Fiction / 29’

Angie vit avec sa mère et suit un traitement lourd pour une maladie neurologique. Entre le choc de la mort de son frère et les effets des médicaments censés la soigner, elle se prend à regretter l’intensité et l’étrangeté de ses crises.

 

Équilibre très maîtrisé entre réalisme et onirisme (esthétique pertinente également) dans cette plongée progressive dans la psyché de la jeune Angie au fur et à mesure de son émancipation. La narration d’abord classique s’étiole pour disparaître complètement, coïncidant avec les changements intérieurs de la protagoniste.

 

L’Intervalle de Résonnance

Clément Cogitore / France / 2016 / Fiction / 23’

Ce film a pour point de départ deux phénomènes physiques inexpliqués : la perception supposée de sons émis par les aurores boréales, et l’apparition d’une mystérieuse formation lumineuse en Alaska. Superstitions et systèmes de croyance viennent ici perturber la recherche d’une explication scientifique.

 

Une expérience avant tout sensorielle. En jouant sur le rythme, les sons et les lumières participent à emmener le spectateur au-delà du commentaire très scientifique des voix-off.

 

  • Compétition Nationale

 

Marlon

Jessica Palud / France, Belgique / 2017 / Fiction / 19’

Marlon, 14 ans, rend visite à sa mère en prison pour la première fois depuis son incarcération. La jeune fille, protégée par sa famille et son entourage, s’entête malgré tout à croire que sa mère est son héroïne d’enfance.

 

Les images crues d’une réalité carcérale vue depuis le point de vue de la jeune fille tranchent avec la bienveillance de la mise en scène envers le personnage de Marlon, interprété sans faute.

 

Chose Mentale

William Laboury / 2017 / Fiction / 20’

Depuis qu’elle est électrosensible, Ema vit recluse chez elle, coupée du monde. Son seul lien avec l’extérieur est mental, à travers ses expériences de sorties hors du corps. Mais un jour, deux garçons s’introduisent chez elle en pensant cambrioler une maison vide. Cette rencontre va bouleverser Ema.

 

Très peu de films fantastiques dans la sélection, celui-ci propose de rester à la frontière du genre. Les forces obscures suggérées par l’ambiance générale et les cadres resserrés laissent beaucoup d’espace à l’imagination du spectateur.

 

Ato San Nen (Encore Trois Ans)

Pedro Collantes / France, Espagne / 2017 / Fiction / 26’

Marisa est veuve et vit avec son chien Tico pour seule compagnie. Un jour, elle reçoit la visite inattendue d’Hiroshi, un Japonais qui prétend être un ami de son fils. Malgré la barrière de la langue, Hiroshi et Marisa font des efforts pour communiquer.

 

Condensé d’une rencontre improbable. Les choix de situations et leur enchaînement naturel, la justesse de l’écriture des personnages et leur interprétation rendent le tout réjouissant. La légèreté de l’incongruité laisse place avec subtilité à une gravité sans conséquence sociale ou politique mais humaine et universelle.

 

Découvrez le palmarès du festival :

http://my.clermont-filmfest.com/index.php?m=65

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