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L’autre côté de l’espoir

Publié par - 25 avril 2017

Catégorie(s): Cinéma, Critiques

Il a fallu pas moins de six ans depuis Le Havre pour qu’Aki Kaurismäki, figure tutélaire du cinéma finlandais contemporain, mette au monde son nouveau film, L’autre côté de l’espoir. Il est des attentes qui accouchent de déception proportionnel au désir qu’elles ont suscité.  Heureusement, avec ce 17e film, l’espoir est comblé. Doublement.

Serti dans l’écrin habituel de ses lumières franches, ses cadres cisaillés et de son ton pince-sans-rire, Kaurismäki, avec L’autre côté de l’espoir, adresse un nouveau cri d’alerte à l’Europe. Au Nord d’un continent confronté à la crise d’immigrations (dont la Finlande a accueilli en 2015 une des proportions par habitant les plus élevées d’Europe), cette fable aussi burlesque que dramatique, aussi élégiaque que chronique suit les pérégrinations conjointes de Khaled  et Wikström, l’un migrant syrien en quête de survivance, l’autre quidam finlandais à la recherche d’une nouvelle vie. La rencontre des deux, sous les auspices d’un hasard narquois, donne du sel à l’ironie de Kaurismäki. Mais avec L’autre côté de l’espoir, comme avec tous les films du cinéaste, cet humour se fait sans sarcasme, sans surplomb malin. Il s’offre comme un coup du sort à l’histoire des mesquins pour la substituer par une aventure généreuse. Dans sa propension à raconter à hauteur d’homme, sans grande pompe ni généralité ampoulée, cette modestie du point de vue trouve paradoxalement une ampleur juste pour s’étendre à l’universel.

Comme dans le cinéma de Yasujirô Ozu, Kaurismäki réussit à parler à tous, malgré le folklore national, en se contentant de raconter ce qu’il y a de plus particulier, de plus intime. La façon « frappante » dont Khaled arrive dans la vie médiocre de Wikström, sans que ne résonnent les trompettes éculées de la grande et de la petite Histoire, donne suffisamment de souffle et de vie au récit pour atteindre sans volontarisme excessif le degré de la fable.

Aux plans frontaux, aux lumières parfois glacées, et à la stature souvent marmoréenne des acteurs, s’oppose une chaleur couleuvrine qui gagne les spectateurs attentifs. Cette joie intestine qui court tout au long de L’autre côté de l’espoir tient à plusieurs éléments : la joie palpable que prend Kaurismäki a orchestrer ce petit monde de marionnettes vivantes sans jamais donner l’impression de manipuler des illusions ; l’intégrité du cinéaste dans son point de vue politique, ostensiblement pro-migrant sans être bêtement prosélyte et grossièrement militant ; la faculté de Timo Salminen, fidèle chef opérateur, de composer des plans saisissant de beauté. La conjonction de toutes ces qualités rares, dans un film qui cultive un hommage conjoint au burlesque comme aux séries B hollywoodiennes, forgent la réussite vive de L’autre côté de l’espoir.

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