Charlie Hunnam devant Excalibur dans King Arthur

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Le roi Arthur : la légende d’Excalibur

Publié par - 20 mai 2017

Catégorie(s): Cinéma, Critiques

Super Arthur

Après avoir exposé ses visions « modernes » du film criminel britannique (Rock'N'rolla), du personnage de Sherlock Holmes et du film d'agent secret (Agents très spéciaux), Guy Ritchie s'est attaqué au mythe arthurien. Ritchie est un cinéaste régulièrement vilipendé par les critiques en raison de son goût pour le spectaculaire qui se développe toujours au détriment de la mise en scène. Par conséquent, il est plutôt vu comme un réalisateur de blockbuster habile.

Les films de Ritchie assument un style qui leur donne l’allure de banals divertissements estivaux. Mais là où les autres films dits « d’été » tentent d’innover pour attirer le plus possible (Pacific Rim, Fast & Furious) ou se lancent dans le reboot (Baywatch, l'Agence tous risques), Guy Ritchie s'attaque régulièrement à des personnages légendaires ; ou du moins habitant l'imaginaire collectif. C'est donc avec une certaine cohérence qu'il s'est décidé à travailler sur le mythe arthurien, l'un des plus importants de l'histoire.

En travaillant à une vulgarisation de la légende, loin de l'adaptation littérale de John Boorman, Ritchie ne réalise pas qu’une version grand spectacle de l'ascension d'Arthur Pendragon. En observant les différences qui nous séparent  du contexte d’émergence du mythe d'origine, cette version réactualisée aux gouts du jour par Guy Ritchie adopte certains éléments constituant les récits héroïques modernes. Auparavant, Arthur était le héraut médiéval type, fils de souverain et unificateur de seigneurs les faisant adhérer à un idéal commun : le saint Graal. Les héros contemporains ne s’inscrivent plus dans cette logique et ce systématisme. Désormais, sous les auspices de Ritchie, Arthur est un orphelin ignorant son sang bleu et élevé dès le plus jeune âge dans les bas quartiers. Il grandit dans un bordel, subit bagarres et misère quotidienne et se fait une place « sociale » comme petit parrain de la pègre locale. Il offre ainsi protection aux filles de joies et se lie d'amitié avec divers brigands, dont un certain Perceval ; le tout dans un Londinium à l'architecture moyenâgeuse fondée sur des ruines romaines. Le décor est planté.Charlie Hunnam dans le roi Arthur : la légende d'Excalibur

C'est depuis cette situation sociale peu enviable que démarre son ascension. Une fois l'épée retirée, il sera alors enrôlé dans une rébellion contre le tyran Vortigern, son propre oncle, qui réduit en esclavage son peuple. Le héros moderne n'est donc plus un noble luttant contre l'influence du Mal. Il est désormais un homme du peuple qui lutte contre une menace concrète dans un cadre plus proche d’une réalité tangible. Sera conservé tout de même le principe unificateur premier, qui est "légendairement" sien, et qui repose sur un engagement commun avec des individus incités à prendre part à quelque chose de plus grand qu'eux.

Mais le héros doit également lutté contre lui-même s'il veut vaincre le tyran. Arthur ne veut pas du pouvoir et voit ses amis mourir les uns après les autres. On est toujours dans la lutte du Bien contre le Mal et la quête du personnage mythique conserve sa trajectoire symbolique initiale et universelle. Mais le récit du héros moderne met l'accent sur la lutte intérieure et la douleur de son protagoniste. Arthur refuse de faire face aux démons du passé et nie l’évidence de sa destinée. En résulte une difficulté à contrôler Excalibur et affronter l'ennemi.Charlie Hunnam dans le Roi Arthur : la légende d'Excalibur

Guy Ritchie, pour peindre cette aventure héroïque "moderne", décide de reprendre des éléments du film de super héros. Il utilise la portée mythologique de ce genre. Arthur possède un super pouvoir, Excalibur, et une Némésis : Vortigern. Et comme pour de nombreux super héros, l’existence de l’un est réciproquement liée à celle de l’autre. À l'image de Batman et du Joker chez Tim Burton, ce sont les actions de Vortigern qui ont incitées Arthur à se révolter et devenir un homme autre. En effet, le tyran devint souverain de l'Angleterre en assassinant les parents d’Arthur. Cet évènement traumatisant, auquel Arthur refuse de faire face dans un premier temps, devient par la suite moteur de son épopée. Arthur doit s'y confronter pour comprendre qui il est, mais la perte de ses amis rend la tâche complexe et toujours plus douloureuse. Arrive alors la Dame du Lac qui lui expose une vision de l'avenir : si Vortigern n'est pas arrêté, le monde ne sera que ruines. La civilisation s'éteindra pour faire place à la barbarie, incarnée par des éléphants dévastateurs aussi hauts que des montagnes. Ce qui n'est d'ailleurs sans doute pas si éloigné de l'image que les hommes du moyen âge devaient avoir de ces créatures qui étaient associées aux barbares païens de l'est.Les éléphants dans le Roi Arthur : le légende d'Exacalibur

Nous sommes alors proches des paroles prononcées par Ben Parker dans Spiderman : « un grand pouvoir implique de grandes responsabilités ». C'est sur cette notion que le récit héroïque moderne se fonde. La responsabilité de chacun plutôt que l'acceptation placide du Devoir. Les effets spéciaux sont grandiloquents et, d’une certaine manière, s’accordent avec les mœurs contemporaines car le héros moderne et ses actes se doivent d'être impressionnants pour confirmer la nature surhumaine du personnage.

Ainsi, en conclusion, ce roi Arthur, au-delà de ses qualités purement cinématographiques discutables, s'inscrit logiquement dans la filmographie de Guy Ritchie. Celui-ci avait déjà repensé l’image du criminel britannique. Autrefois classieux et honorable, comme dans The Italian Job, ce modèle a été opposé au rockeur hédoniste et violent de Rock'N'Rolla. Ensuite, le Sherlock Holmes gentleman de Conan Doyle, archétype de l'enquêteur génial, fait place à un asocial mentalement instable. Avec la légende d'Excalibur, le héros lutte toujours contre le Mal afin de faire triompher le Bien. Cependant, sa lutte est plus proche de la réalité dans la forme : ses compagnons meurent, le doute et le refus le font ouvertement souffrir et la responsabilité de ses actes s'endosse et s'accepte. La symbolique est toujours présente mais se dilue dans le récit.

C'est avec cette manière de procéder, reprenant des archétypes connus de tous, que la filmographie de Guy Ritchie peut être vue comme un témoignage de notre époque. Par sa relecture des archétypes ouvertement actualisés, le télescopage générationnel n’en est que plus brutal et nous permet de mesurer plus clairement les changements sociétaux survenus au cours du temps.Jude Law dans le Roi Arthur : la légende d'Excalibur

 

 

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