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Voyage of time

Publié par - 20 mai 2017

Catégorie(s): Cinéma, Critiques

Après une trilogie existentielle ayant désarçonné plus d’un spectateur avec une nouvelle manière d’exprimer le langage filmique, Terrence Malick n’a pas fini de nous surprendre. Une nouvelle invitation à observer, à contempler, sous plusieurs formes, avec plusieurs regards, avec multiples compréhensions : la vie. Comme le titre nous le fait supposer, Voyage of Time et une exploration non pas de l’existence dans une certaine durée, mais du temps au travers de la vie en tant qu’entité propre. La chronologie est fragmentée, il n’y a que le temps. Un temps relativisant celui de l’Homme, de la Terre et de l’Univers.  La vie est chez Malick omniprésente (de l’alpha à l’oméga), en continue transformation.  La vie est nature, créatrice et en constant renouvellement. De l’infiniment grand, du big bang et son expansion, à l’infiniment petit des connexions neuronales qui, dans leur superposition au montage, nous révèlent une terrifiante similarité, la vie est présente en chacun.

Une nature exprimant à elle seule une histoire au travers de ses éléments, comme par exemple de la lave se déversant lentement des volcans pour progressivement se transformer en sédiments au contact de l’eau ou de l’air. Comme dirait Lavoisier « tout se transforme ». Une transformation exprimée chez Malick par le mouvement des choses (minéraux, végétaux, animaux) et des êtres, et surtout par cette caméra omnisciente et volatile, qui nous pousse à cet état de contemplation, prioritaire à un état d’intellectualisation. La poésie de Terrence Malick se ressent avant de s’interpréter.

Mais quid de l’Homme dans cette poésie ? Comme les cellules, l’Homme, être de culture, est présenté sous sa forme collective, dans ses capacités d’amour et de spiritualité, comme dans ses capacités de violence. Il est écarté de l’harmonie présente (format et qualité d’image différente, type caméra amateur, vision à hauteur humaine) réduit à sa juste dimension dans cette échelle infinie. Il n’est que peu de choses si on ne considère que son horizontalité. C’est dans sa verticalité, son rapport actif et réflexif quant à son rapport aux forces du haut que l’Homme pourra prendre un statut dépassant son état inné d’organisme collectif. Quand bien même petit, ses questionnements universels ne le sont pas (narrés par la grande Cate Blanchett). Une sorte de transcendance entre la créature, l’humanité, et sa créatrice appelée naturellement, « Mother », qui nous rappelle les questions fondamentales de la philosophie «Que sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? »

Ces questionnements étant apparus sans aucun doute au moment où l’Homme devint conscient de son existence finie, qu’il avait un passé, un présent et un futur. Une conscience du temps anxiogène, l’obligeant pour en pallier, à laisser une trace, par des voies naturelles (reproduction) ainsi que par des voies culturelles (production). Des productions utiles (les vêtements) comme symboliques (la sépulture). Un état de culture que Malick dénonce dans les derniers fragments de film représentant la courte durée du passage de l’Homme et toute la défiguration dont il a été capable depuis. Des plan aériens de mégalopoles fondées sur du désert, ses tours de Babel, sa verticalité extérieure (gratte-ciels) alors qu’elle devrait être (comme la voix-off) une verticalité intérieure.
Comme Malick en a l’habitude, Voyage of Time n’offre pas de réponse franche, mais plus la proposition de se poser, le temps d’un voyage, la ou les bonnes questions quant à notre existence de manière à relativiser ce que nous sommes, quant à l’espace, et au temps.

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