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Alien Covenant

Publié par - 21 mai 2017

Catégorie(s): Cinéma, Critiques

La sortie de ce qu’il ne faut pas considérer comme le 6e opus de la saga Alien a déchaîné les ires des fanboys devant le droit que s’est octroyé l’auteur originel, Ridley Scott, de refonder son propre mythe. Presque équivalent aux déceptions engendrées par la prélogie Star Wars et à l’anathème lancé à Lucas par les aficionados de la première heure, l’accueil de cet Alien : Covenant est le fruit d’un profond malentendu.

La première confusion autour du film tient à l’imbroglio qui a précédé à sa production et à la stratégie marketing qui en a découlé. Comme Prometheus, ce Convenant n’était pas sensé s’inscrire dans la lignée directe et explicite de la saga Alien. Spin-off plutôt que prequel, suite parallèle avant d’être un flashback copieux, Covenant, comme Prometheus dont il est la suite dix ans plus tard, sont avant tout et surtout des reboot qui ne disent pas leur nom. Pour favoriser le succès du film, le marketing du studio a donc greffé le nom de la bête au titre et postulé l’ensemble sur celle-ci. Alors qu’elle apparaît somme toute assez peu et qu’elle est même un des éléments accessoires du récit.

La Fox entreprend donc un exercice de renaissance d’autant plus légitime qu’elle en confie l’opération à l’auteur même du premier opus. A la différence qu’il a depuis 1979 (où il signait son deuxième film) construit une œuvre, nourri un style, exploré différentes voies de cinéma. C’est donc riche de Blade Runner, Legend, Thelma & Louise, Gladiator ou La chute du faucon noir qu’il retrouve ses amours de jeunesse. Et attendre qu’il refasse Alien premier du nom, ce qu’espéraient beaucoup de déçus, relève du réflexe réactionnaire. "Ne touchez pas à mon horror-doudou !". Le mythe d’Alien n’est bien qu’un canevas, un réservoir de légendes avec lequel Scott recompose un film d’horreur, armé des codes des années 2010.

En tant que film d’épouvante, la réalisation n'évite pas de nombreuses facilités expéditives, des poncifs du cinéma d’exploitation actuelle, à grands renforts de jump scare et de petits effets racoleurs. Rien de neuf, me direz vous, ces procédés étaient déjà, par exemple, dans Halloween (1978) ou Vendredi 13 (1980). En revanche, Covenant tire son intérêt dans ce qu’il ménage au regard de l’Oeuvre de Scott. Proche de Blade Runner par sa thématique sur la folie crépusculaire de la création, voisin par ses cadrages nerveux de La chute du faucon noir,  similaire par son lyrisme brut de Gladiator, ce 24e film du touche-à-tout britannique paraît comme faire un tour de piste à tombeau ouvert de sa propre filmographie. Sous couverts d’un film d’horreur assez modeste (mal vendu comme un nouvel Alien), se tient un film d’auteur plutôt touchant pour qui entretient avec le cinéma de Scott une affection particulière.

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