Big Little Lies : Céleste (Nicole Kidman), Jane (Shaileene Woodley) et Madeline (Reese Witherspoon) courent sur la plage

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Big Little Lies

Publié par - 6 juin 2017

Catégorie(s): Séries TV

Diffusée de février à avril 2017 sur HBO aux États Unis, la mini série de 7 épisodes Big Little Lies créée par David E. Kelley et réalisée par Jean-Marc Vallée a rencontré un énorme succès outre-Atlantique. Le scénario, adapté du roman du même nom de Liane Moriarty, met en scène plusieurs femmes de la petite ville de Monterey, en Californie, et leur famille. L'arrivée d'une mystérieuse jeune femme, Jane Chapman (Shaileene Woodley) et de son petit garçon va bouleverser le quotidien bien établi des familles de cette communauté huppée des Etats Unis. Sur fond de meurtre, dont l’identité de la victime ne sera dévoilée que dans le dernier épisode de la saison, c’est toute une tranche de la population américaine qui va être décortiquée et mise à nue. Bien que la comparaison avec Desperate Housewives semble inévitable, ne vous y trompez pas, Big Little Lies est bien loin de l'humour certes caustique, mais relativement inoffensif et calibré de la série de Marc Cherry. A noter que la participation des deux actrices phares de la série (Nicole Kidman et Reese Witherspoon) ne s’est pas arrêtée seulement au jeu, mais que le tandem (notamment Kidman) a eu un rôle très important dans le développement du projet. Toutes deux sont d’ailleurs productrices exécutives.

Big Litle Lies image de la série : vue de l'océan

Derrière les apparences

Il y a quelque chose de pourri en ce royaume. Dès les premières minutes de la série, Big Little Lies nous offre une image aux tonalités verdâtres à l'opposé de ce que l'on pourrait attendre de l’atmosphère ensoleillée d'une ville californienne de bord de mer. Le décor est planté : quelque chose de maladif et de malsain ternit la vie de ces individus d'apparence parfaite (la problématique n'est pas sans faire penser à l'introduction de Blue Velvet de David Lynch, qui nous montrait une terre pleine de vermine grouillant sous les fondations de la ville). On retrouvera ainsi Madeline Mackenzie (Reese Witherspoon), la femme au foyer hyperactive avec une dent contre les mères carriéristes, la belle et douce Céleste Wright (Nicole Kidman), meilleure amie de Madeline, femme au foyer également, et Renata Klein (Laura Dern), la mère rongée par la culpabilité d’être une femme active.

Les enfants comme centre de gravité

Big Little Lies, image de la série : Amabella désigne Ziggy comme son agresseurToute l’intrigue de Big Little Lies repose sur le conflit qui va diviser la communauté dès le premier épisode de la série. Le jour de la rentrée des classes, l’une des écolières se fait physiquement malmener par l’un de ses camarades. Pour gérer la crise, l’institutrice, manquant cruellement de discernement, engage parents et enfants dans une scène de dénonciation publique qui va rapidement tourner au drame, le coupable désigné n’étant autre que le petit nouveau. S’ensuit un affrontement entre les deux mères, chacune défendant son enfant avec véhémence et indignation. Les autres parents, en dehors de quelques mères qui vont prendre position pour l’une ou l’autre, n’ont d’autre rôle que celui de spectateur (on notera leur position en cercle, proche de celui d’un public de cirque) et de juge bienpensant.

Cet incident va cristalliser les ressentiments et jalousies existant parmi les adultes : s’ils sont capables de faire preuve d’une retenue toute hypocrite dans leurs rapports les uns aux autres, une fois les enfants au centre du conflit, il devient plus difficile de ne pas céder à des pulsions instinctives et primaires pour protéger sa progéniture. Durant tous les épisodes de la saison, les enfants seront par ailleurs des répliques sans filtre de leurs parents, révélant les schémas comportementaux de leurs aînés. On notera d’ailleurs que le générique de la série est un préambule de cette réflexion : les mères sont présentées de dos, en train de conduire, et les enfants de face, passagers (n’ayant donc pas de choix sur la destination et suivant les traces de leur mère) sur le siège arrière de la voiture ; par la suite les mères défilent devant la caméra affublées de masques, tandis que les enfants jouent à défiler, mais à découvert.
On l’aura compris, dans Big Little Lies, les enfants catalysent les travers de toute une population voire de toute une société.

L’ogre des temps modernes

Big Little Lies, image de la série : Perry (Alexander Skarsgård) joue au monstreLes contes mettent immanquablement en scène un méchant imaginaire bien défini, qui permet de donner corps aux peurs des enfants, mais également de les vaincre et ainsi de grandir. Mais que se passe t-il lorsque l'ogre n'est pas fictif ? Céleste, en couple avec Perry (Alexander Skarsgård) est la victime quotidienne de son violent mari (on saluera au passage la performance remarquable de subtilité de ces deux acteurs). Il est beau, charismatique, riche : les femmes le désirent, les hommes désirent être lui. Mais sous ses dessous de prince charmant se cache bel et bien l’ogre des contes de fée. Si les violences ne semblent se dérouler qu’en vase clos, sans que les deux jumeaux du couple n’y soient exposés, Perry ne peut toutefois pas s’empêcher de laisser transparaitre sa nature : il endosse ainsi de lui-même le rôle du monstre lors de séances de jeu avec ces garçons. Le jeu chez l’enfant, rappelons-le, étant un moyen d’apprentissage.

Ajoutez un déguisement, et les masques tombent

Big Little Lies aura pour dénouement la soirée tragique où l’un des protagonistes va trouver la mort. L’école primaire organise ce soir-là une réception déguisée à des fins caritatives. Toute la saison sera jalonnée des entretiens de témoins du crime conduits par la police. Il s'agit des parents présents à cette soirée, qui révèlent au passage tous les ressentis emprunts de jugements et de préjugés que les membres de la communauté portent les uns sur les autres. C’est finalement sous couvert de déguisements (Elvis pour les hommes, Audrey Hepburn pour les femmes) que les masques vont se fissurer et révéler la vraie nature de chacune des familles que nous aurons suivies tout au long de cette saison. Cet abandon des masques dans un moment de crise va donner finalement l’occasion d’une transformation des relations entre les femmes. La saison se termine par une scène au bord de l’océan, où nos héroïnes se retrouvent dans une atmosphère sereine : les masques tombés, il ne reste plus qu’à construire des relations basées sur la confiance et l’acceptation de l’autre. Un champ des possibles nouveau s’ouvre pour ces familles, avec seulement l’horizon pour limite.

Big Little Lies, image de la série : toutes les héroïnes à la plage

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