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E3 (Electronic Entertainement Exposition) 2017

Publié par - 15 juin 2017

Catégorie(s): Jeux vidéo

E3, pour Electronic Entertainement Exposition ou encore la messe du monde vidéoludique, voilà nommé cet événement particulier dans l’année du jeu vidéo.

Dans un premier temps, il est important de préciser quelques points : l’E3 n’est pas le jeu vidéo. Celui-ci est déjà bien trop varié, les indépendants sont bien trop absents des principaux pôles d'attraction malgré leur apparition depuis quelques années dans les conférences (on les retrouvera notamment cette année avec la première conférence de l’éditeur Devolver qui s’est spécialisé dans l’édition de production teintée d’indépendance). L’E3, c’est avant tout une vision spécifique du jeu vidéo, celle du capital, celle du triple A, des constructeurs, des éditeurs, des actions en bourse.

Mais il n’empêche que ce salon esquisse, voire parfois chamboule, la feuille de route toute tracée du jeu vidéo. La grande révolution « casuale », l’ouverture du jeu sur console à tous par le geste, le motion gaming de Nintendo avec la Wii, voilà le genre de chamboulement que met à jour l’E3. Allons plus loin, on peut même prétendre que ce genre d’innovation ne semble pouvoir arriver qu’à l’E3 pour une raison assez simple, la nature schizophrène de celui-ci. En effet, l’E3 est à la fois pensé pour les journalistes spécialisés, les journalistes plus généralistes, les joueurs, les consommateurs ainsi que les investisseurs ou autres financiers influents. Ainsi un événement notoire qui a lieu lors d’une conférence de l’E3 touche le noyau de la planète vidéoludique créant alors une réaction en chaîne. L’E3 est donc un incontournable.

 

Son attractivité pourtant ne cesse de baisser notamment parce qu’il existe désormais les traditionnelles « fuites » pré-E3 parfois tôt dans l’année et plus ou moins provoquées par les éditeurs (Ubisoft a été particulièrement fort cette année avec de nombreux titres « teasés » : le nouveau Assassin’s Creed, Far Cry 5, The Crew 2, un nouveau jeu adapté du dessin animé South Park, un cross over entre Mario de Nintendo et les Lapins crétins). But ? Anticiper sur les effets d’annonce des autres. On pourra toutefois se demander si l’anticipation est pertinente tant la pratique s’est démocratisée auprès de tous les éditeurs ou presque. Il n’en reste pas moins que l’E3 reste regardé par des millions de personnes plus ou moins influentes de par leur profession ou de par leur nombre (les joueurs). L’E3 mute donc ces dernières années. Internet, et notamment YouTube, prend part importante et fait partie intégrante du marketing made in E3 avec la présence en nombre de youtubeurs invités aux frais des éditeurs pour venir se mêler aux journalistes.

Même les années spéciales avec annonce de nouvelle console semblent révolues alors qu’il s’agissait par le passé de profiter de l'occasion pour redonner un coup de fouet au salon pour les 3 ou 4 éditions suivantes avec annonces de suites prometteuses ou de nouvelles licences. Mais force est de constater que l’E3 2016 semble avoir ouvert la voie à une nouvelle ère pressentie par bon nombre dans le monde vidéoludique. L’annonce de la Scorpio de Microsoft, une nouvelle monture de la Xbox One et non une nouvelle console, mais avec un réel upgrade technique, a marqué un tournant dans le lancement d’innovations technologiques. Ce type d'effet d’annonce laisse un flou important quant à la nature du matériel évoqué, ce qui pourrait bien perdre le consommateur. En effet, on pourra jouer au même jeu, mais pas avec la même qualité, du moins graphique. Ce qui est ancré dans les pratiques des joueurs PC mais ne l’est pas pour autant pour le public plus large du jeu sur console.

Cette édition 2017 est aussi la première de l’Amérique post Donald Trump. La question de l’impact sur le jeu vidéo et donc sur l’E3 se pose, quelle sera la réaction de l’industrie du jeu ? Aspect économique, thématique et artistique des productions ? Avec la révélation il y a quelques jours de Far Cry 5 par l’éditeur français Ubisoft et son contexte  (mise en “Cène” des suprématistes blancs face à, notamment, un prêtre noir prenant les armes). Nous pourrions assister à une politisation affirmée et revendiquée des productions grand public indexée sur les mutations des tendances socio-culturelles. Ce qui serait assez inédit à cette échelle, tant l’impact pourrait être important, d’autant plus dans une industrie qui joue souvent la carte de la prudence, enchaînant suite sur suite de manière très lucrative. Se mettre une partie du public étasunien à dos ne serait pas forcément un bon calcul. Rappelons-nous qu’un titre comme Last of Us de Naughty Dog avait suscité quelques commentaires négatifs sur Twitter de par son aspect politique alors que ce dernier était loin d’être la préoccupation première du titre.

Toutes ces perspectives, font que l’E3, cette année encore promet tout de même de nous intéresser et pourquoi pas de nous faire rêver. Pendant quelques jours, on espérera voir sortir des surprises attendues depuis des lustres ou au contraire totalement inattendues et donc étonnantes et cette édition sera également l’occasion de prendre du recul et de regarder ce que nous dit ce salon sur le monde au-delà de la hype du moment.

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