Splitscreen-review Image de King's Quest

Accueil > Jeux vidéo > King’s Quest : Père Graham, raconte-nous une histoire

King’s Quest : Père Graham, raconte-nous une histoire

Publié par - 19 avril 2018

Catégorie(s): Jeux vidéo

Si le cinéma peut se classer par genres, le jeu vidéo se divise en catégories définies selon la nature du gameplay. Plutôt que d'évoquer un jeu de Science Fiction ou jeu Policier, on emploie des nominations telles que : jeu de Stratégie en temps réel (RTS), jeu de tir à la première personne (FPS) ou jeu de Rôle (RPG). Cependant, même si le nombre de créations en la matière est chaque année plus élevé et qu'il apporte son lot de nouveautés, tout genre possède ses œuvres fondatrices. L’un des plus prolifiques de la sphère vidéoludique relève du domaine du jeu d’aventure en Point & Click. Il s'agit d'une catégorie où le héros vit une aventure, souvent riche, et résout diverses énigmes dans un univers graphiquement travaillé. Si cette catégorie trouve majoritairement ses racines dans les aventures textuelles, l’un de ses premiers représentants officiels reste la série des King’s Quest, démarrée en 1984. Celle-ci nous narre les péripéties du roi Graham de Daventry qui évolue dans un univers fantastique et humoristique où se croisent chevaliers maladroits, dragons narcoleptiques et gobelins voleurs de lits.

Sortie en 2015, King’s Quest Chapitre 1 marquait le retour de la série après une absence de presque vingt ans. Le marché a évolué depuis le précédent opus sorti en 1998 et les Point & Click classiques sont devenus plus rares. Au point d’être, parfois, considérés comme remplacés par les jeux épisodiques de studios plus récents comme Telltale Games. Comment The Odd Gentlemen pouvait-il remettre au goût du jour une vieille licence associée à un genre en perte de vitesse ?Splitscreen-review Image de King's Quest

Ce nouvel opus nous présente le fameux roi Graham, dorénavant vieux et fatigué, racontant ses aventures à ses petits enfants : Gart et Gwendolyn. Et le premier récit qui nous est conté se trouve être un épisode du premier jeu King’s Quest. Il est ici cependant rallongé, agrémenté de nouveaux détails narratifs et de plusieurs moments épiques selon une logique de gameplay proche des jeux Telltale. Le parti-pris est clair : moderniser la licence en utilisant les mécaniques de jeux inspirées du genre auquel il a donné naissance. C'est à dire que King’s Quest incorpore à sa logique des dispositifs tels que les Quick Time Events ou encore des phases de tirs permettant d’inclure des moments d’action entre les énigmes. Le personnage de Gwendolyn ne cache pas son goût pour les aventures épiques et son grand-père le sait. Il adapte donc son récit à son public.

Mais le processus le plus important de King’s Quest, celui qui différencie cet opus de ses prédécesseurs, c’est l’ajout de choix qui influencent directement le cours du récit. Le joueur va-t-il réussir sa quête par la ruse, la compassion ou la bravoure ? Ces choix comptent car les aventures racontées par Graham sont celles de sa jeunesse. Il s’agit de sa vie et des leçons qu’il a apprises. Celles-ci façonnent de manière interdépendantes son comportement à l’image. Si Graham a réussi son test de chevalerie par la ruse dans le passé, Gwendolyn remporte son tournoi d’escrime de la même manière. Le phénomène de transmission opère.Splitscreen-review Image de King's QuestCe nouveau King’s Quest se présente alors comme une mise en abîme agrémentée d'un double sens de lecture. Tout au long de l’histoire principale, le roi Graham partage son savoir avec ses petits enfants tout en enviant leur jeunesse puisqu'il est toujours assoiffé d’aventures. Mais il est incapable physiquement de reproduire son vécu : épuisé par le poids des ans, il souffre chaque fois qu’il tente de sortir de son lit. Il réalise qu'il peut assouvir ses désirs d'éternelle jeunesse par sa succession. Il accepte en toute conscience de pouvoir rassasier son besoin d'aventure par procuration. Ainsi, il ne trouvera la paix qu’une fois son héritage, ses histoires et son royaume, transmis à sa descendance. C'est une façon de survivre. Mais, pour que l'esprit audacieux qui est le sien se perpétue à travers le temps, il faut éduquer Gwendolyn. Peu importe qu'elle suive une autre voie que la sienne, le plus important est qu'elle développe un goût prononcé pour les épreuves et les péripéties en tous genres. Au quatrième chapitre du jeu, Graham explique à Gwendolyn comment tenter d’imposer à son fils son goût pour les énigmes faillit mettre en péril sa famille : l’enfant préférant la magie et les boules de feu aux aventures picaresques. De la même manière, Gwendolyn, sa petite-fille, préfère les grands moments épiques à la réflexion. Mais elle considère toujours son grand-père comme un héros ayant vécu des histoires fascinantes. Peu importe la manière, seul l’esprit compte.Splitscreen-review Image de King's QuestAinsi, il est tout à fait possible de dresser un parallèle entre l’histoire de cette dynastie et l'évolution du Point & Click. Aujourd’hui, certains tentent de faire revenir le Point & Click à une forme plus classique. Ce fut par exemple le cas du vétéran du genre Tim Schafer avec Broken Age. Mais celui-ci n’eut pas autant de succès que les jeux épisodiques Telltale. Or, les fondateurs du studio en question reconnaissent volontiers leur amour pour les Point & Click classiques et l’inspiration qu’ils en ont tiré. Ils ont d’ailleurs tenté, à leur manière, de remettre au goût du jour deux licences connues de ce genre : Sam & Max et Monkey Island. En 2014, le studio Red Thread Games produisit une suite à la saga The Longest Journey, autre licence majeur du Point & Click. Mais, cette fois, en prenant modèle sur les jeux Telltale.

Ce jeu explique ainsi que le genre auquel il se rattache, le Point & Click, n’a pas vraiment disparu. Le genre a simplement évolué avec son public. Du "geek" aimant résoudre des puzzles sur de vieilles machines, nous sommes passés aujourd'hui au joueur cherchant à s’évader du quotidien le temps d’une partie grâce à un récit palpitant et sur-vitaminé. Mais le jeu défend l’idée qu’il n’y a pas besoin d'avoir recours à la fibre nostalgique. Si la formule Telltale est désormais une référence de l’aventure, c’est parce que son premier jeu, Bone : la forêt sans retour, a été un Point & Click des plus classiques. Chaque œuvre et chaque studio suivent un cycle de croissance, une sorte "d'enfance" influencée ou inspirée parce ce que ses prédécesseurs ont réalisé. C'est une étape qu'il faut accepter de vivre pour mieux  trouver son identité propre. Graham dit lui-même à Gwendolyn :  “Je sais maintenant que mes aventures survivront pour toujours et ça grâce à toi. Tant que tu continueras à les raconter, elles resteront en vie.” Les temps ont changé, les méthodes aussi, mais la devise de Graham s’est transmise : “Toujours cherche l’aventure.”Splitscreen-review Image de King's Quest

 

 

Genre : Aventure
Mode : Solo
Studio : The Odd Gentlemen
Editeur : Activision
Directeur : Matt Korba
Producteur : Lindsey Rostal
Artistes : Evan Cagle, Nathan Fulton
Scénaristes : Matt Korba, Lindsey Rostal
Compositeurs : Ben Stanton, David Stanton
Licence : King's Quest
Moteur : Unreal Engine 3
Plateformes : Microsoft Windows, PlayStation 3, PlayStation 4, Xbox 360, Xbox One

Partager