Splitscreen-review Image de First Man le premier homme sur la lune de Damien Chazelle avec Ryan Gosling

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First Man : Le premier Homme sur la Lune

Publié par - 16 octobre 2018

Catégorie(s): Cinéma, Critiques

Dans First Man, Damien Chazelle s'intéresse à la dichotomie palpable entre le mythe que les institutions américaines (gouvernementales et médiatiques) ont voulu forger autour de Neil Armstrong et l'homme qu'il était réellement. Logique puisque Damien Chazelle est un cinéaste de l'intime. Depuis ses premiers films, il cherche à capter l'émotion, le sentiment chez des personnages qui ne correspondent pas, en profondeur, à l'idée que l'on peut s'en faire. Pour traquer l'émotion, il multiplie les gros plans sur les visages de ses comédiens pour permettre aux spectateurs de scruter la psyché de la personne qu'ils observent. Ce principe était déjà à l’œuvre dans Whiplash pour retranscrire la souffrance du musicien. Dans First Man, le spectre émotionnel est plus large : tristesse, souffrance, mélancolie, concentration, appréhension et même joie. On appréciera ainsi la prestation de Ryan Gosling qui se prête à l'exercice de manière convaincante, judicieuse et maîtrisée.

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On relève aussi dans First Man un autre élément stylistique propre à Chazelle qui contribua à faire de Lalaland la réussite critique et publique que nous connaissons. Il s'agit de ce besoin d'entrer dans l'intimité des protagonistes et de filmer leur quotidien. L'usage de ce parti pris a pour fonction de donner à comprendre en profondeur la personnalité de chacun. Ce qui donne à plusieurs reprises, dans First Man, de magnifiques plans qui oscillent entre l'exposition de l'intime (le décor de la pièce à vivre du foyer des Armstrong) et la théâtralisation de ce qui s'y déroule grâce à l'usage du plan large. Cette intimité partagée, notamment dans les scènes de tension, atteindra sa plénitude dans un rapprochement ultime entre le spectateur et le personnage grâce à l'utilisation d'une caméra subjective.

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Cette immersion dans l'intimité des personnages permet au réalisateur d'exposer l'humain qui se dissimule derrière la figure héroïque du premier homme à avoir posé un pied sur la Lune. On découvre alors une profonde solitude. Armstrong était un homme introverti qui s'est encore plus refermé après la mort de sa fille en bas âge. Son isolement s'intensifie lorsque ses amis pilotes disparaissent les uns après les autres lors de différents vols-tests. Son monde et ses repères s'effondrent. First Man décrit alors comment l'astronaute va se réfugier dans son travail (dont il est le seul à comprendre la complexité au sein du foyer) et la quête spatiale qu'il s'approprie d'une certaine manière. Armstrong est un homme qui se situe très loin des enjeux géopolitiques et de la couverture médiatique qu'il exècre (voir son attitude face à la une d'un journal après l'incident de Gemini 8). First Man retrace le parcours d'un homme plus préoccupé par une quête intérieure que par les lauriers de la gloire (voir le mépris qu'il affiche envers son collègue Buzz Aldrin qui s'improvise bête de scène en conférence de presse et ironise sur la mort des autres pilotes). Conquête spatiale et quête intime fusionnent. C'est la façon adoptée par Armstrong pour accepter la fatalité et poursuivre son chemin.

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Les sentiments et émotions des différents protagonistes sont soulignés par la musique. Chazelle fut musicien de Jazz. Un genre musical qui hante son cinéma depuis son premier film. Comme pour le reste de sa filmographie, c'est son ami Justin Hurwitz qui a composé la bande originale de First Man. La musique des films de Chazelle est par nature intimiste. Dans First Man, celle-ci souligne l'opposition entre le calme et la douceur dont peut faire preuve le personnage d'Armstrong et la brutalité de la tempête psychique qu'il subit lors des lancements d'engins spatiaux. Le point d'orgue de ce contraste étant l'utilisation subtile du silence dans certaines scènes. Sans oublier la citation de Kubrick avec la scène du premier amarrage spatial accompagné d'une valse qui fait écho aux vaisseaux dansant sur le Danube Bleu de Johann Strauss.

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First Man n'est pas un film où s'exposent gratuitement des fulgurances de mise en scène ou un brio technique. De ce fait, le film traduit l’accession à une forme de maturité stylistique dans la réalisation de Damien Chazelle. Dans l'utilisation du langage cinématographique ou dans l'exploration de certaines obsessions, Chazelle semble domestiquer son sujet et trouver un parfait équilibre entre le grandiose et les scènes intimistes. Avec First Man, il dresse aussi un portrait inattendu de l'homme qui marcha le premier sur la Lune. Un homme qui ne semblait pas si différent du commun des mortels puisque, tel qu'il est décrit ici, Armstrong était un homme de son temps qui partageait les mêmes névroses que l'homme de la rue.

©Copyright Universal Pictures International France

 

 

 

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