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La grande aventure

Publié par - 30 janvier 2019

Catégorie(s): Cinéma, Critiques

Ce 30 janvier 2019 sort en salle la version restaurée de La grande aventure du cinéaste suédois Arne Sucksdorff. Primé aux festivals de Cannes (Prix international) et de Berlin (Grande Médaille d’argent) en 1954, La grande aventure se déroule dans la campagne suédoise autour d’un petit village où vivent deux garçonnets nommés Anders et Kjell. La grande aventure s’intéresse plus particulièrement à la faune qui entoure la ferme. De prime abord, on constate que le film déroge au schéma habituel de l'apprentissage de l’humain qui s'aventure à rencontrer une nature sauvage et pourtant à portée de main. Le film débute en adoptant un format semi-documentaire centré sur l'observation des différents animaux qui vivent dans les environs de la ferme et La grande aventure s'attarde plus particulièrement sur une renarde et ses renardeaux.

Toute la première partie de La grande aventure est centrée sur les rapports qu’entretiennent les renards avec les autres animaux. Il y est notamment question des habitudes de chasse des prédateurs et des habitudes de survie de leur proies en passant par les "jeux" que partagent les renards avec les loutres. La seule présence humaine de cette partie du film est celle d’Anders, adulte, qui commente les faits et gestes de tout ce petit monde à l’image et nous livre, à la manière d’un conte, une interprétation de ce que pourraient penser les animaux. Cette articulation de la mise en scène entre l’image et le commentaire permet aux plans, qui se rapporteraient davantage à du documentaire, de suivre un fil narratif. Il permet aussi aux spectateurs de tisser un lien affectif avec les animaux.

La volonté d’empathie avec le renard est soulignée par la mise en scène. C'est notamment flagrant dans la scène où la renarde, qui a besoin de nourrir ses petits, vole des poules dans la ferme d’Anders et se fait poursuivre par le fermier. La caméra alterne entre des plans sur le renard et des plans sur le fermier. Sobre, évident, le montage parallèle est ici pleinement efficace. Ce qui est moins coutumier, ce sont les insertions de points de vue subjectifs de l’animal qui nous donnent à éprouver ce qu'endure l'animal.

La seconde partie du film s’intéresse au couple de loutres que l’on a vu auparavant durant le rude hiver scandinave. Elles aussi, pour survivre, doivent trouver le moyen de se nourrir tout en prenant garde aux pièges du pêcheur. L’une d’entre elles est recueillie en cachette par les deux petits garçons (Anders et Kjell) pour l’élever comme un animal de compagnie. Ce qui était au départ une forme narrative calquée sur un modèle documentaire se transforme alors en un récit initiatique qui se mesure par l'évolution des relations entre l’enfant et l’animal, thème répandu dans la culture scandinave comme en témoigne l’histoire de Nils Holgersson. À l’instar de la renarde, les enfants endossent une responsabilité essentielle (la vie de la loutre est entre leurs mains) et ils doivent s’investir pour pouvoir subvenir aux besoins de l'animal baptisé « Utti ». Ils assimilent ainsi quelques préoccupations d'adultes : la valeur du travail, le rôle de l'argent dans le quotidien et développeront même quelques compétences pour attraper du poisson.

On peut aussi noter que, dans sa globalité, La Grande aventure est un film précurseur pour la défense de l’environnement et la cause animale. Le film questionne la position de l'homme face aux animaux : faut-il les chasser ou les apprivoiser ? Ou bien ne seraient-ils pas mieux en liberté ? En prolongement de cette idée,  La Grande aventure n'élude rien de l'impact de la présence de l'homme sur la nature. Il y a un parti pris indéniable du cinéaste quant à la défense de l’environnement. Certaines phrases du narrateur sont explicites lorsqu'il n’hésite pas à qualifier l’Homme "d'ennemi du monde libre [la nature]" et le chien d'esclave.

Néanmoins, il serait réducteur de ne distinguer qu'un discours militant tant la réalisation de La Grande aventure témoigne d’un véritable travail avec les animaux (renards, lynx, loutres…) et d’une véritable quête esthétique sur la beauté de la nature. La Grande aventure atteste aussi de la virtuosité d’un artiste à la fois réalisateur, directeur de la photo, monteur et producteur. Plus de cinquante ans après sa sortie en salle, La Grande aventure n'a rien perdu de son engagement et saura sans nul doute attendrir le public par la peinture proposée de l'initiation au monde à laquelle se confronte l’enfance.

 

Crédit photographique : ©Malavida

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