Splitscreen-review Image de Sekiro : shadows die twice conçu par Hidetaka Miyazaki et édité par Activision

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Sekiro : Shadows Die Twice

Publié par - 1 avril 2019

Catégorie(s): Jeux vidéo

À l’image du cinéma, le jeu vidéo possède des studios et des personnalités qui, à la simple évocation de leur nom, évoquent des œuvres entrées dans la culture populaire. Tout le monde peut citer un film de Disney ou de Steven Spielberg. De même, des joueurs du monde entier peuvent aisément citer un jeu de Nintendo ou d’Hideo Kojima sans l’avoir forcément testé. Depuis 2009, le studio japonais FromSoftware s’est, petit à petit, fait une place dans ce panthéon culturel grâce aux œuvres de l’un de ses esprits créatifs : Hidetaka Miyazaki. On doit à ce dernier la célèbre licence de dark fantasy Dark Souls ainsi que le très lovecraftien Bloodborne. Ces deux licences ont séduit les joueurs au point de faire des émules et de fonder un genre entier dédié à leur nom. On parle désormais de Souls-like. Deux éléments particuliers caractérisent les œuvres d'Hidetaka Miyazaki et en ont fait la renommée : la narration environnementale et une difficulté de jeu toujours plus ambitieuse. En mars 2019, Hidetaka Miyazaki et FromSoftware nous ont proposé une nouvelle aventure qui exploite ces singularités : Sekiro : Shadows Die Twice.

Splitscreen-review Image de Sekiro : shadows die twice conçu par Hidetaka Miyazaki et édité par Activision

Les précédents jeux du studio proposaient des univers fantastiques originaux, prétextes à une épopée mythologique peinte dans un décor à l’occidental. Avec Sekiro : Shadows Die Twice, FromSoftware renoue avec ses racines culturelles. Loin du gothique de Dark Souls et du romantisme noir de Bloodborne, le joueur est plongé dans le Japon féodal afin de questionner quelques spécificités nippones plutôt que celles d’un univers imaginé de toute pièce à partir d’éléments empruntés à une autre culture. Les premières secondes du jeu sont explicites. Les autres jeux japonais exportés à l’international sont doublés en anglais par défaut. Sekiro : Shadows Die Twice, par contre, annonce un paramétrage automatique sur la langue japonaise. Le choix est assumé puisqu'il fait partie de l’expérience. Le jeu démarre alors sur ces mots : “C’étaient les derniers jours de l’ère Sengoku”.

Nous sont donnés : une langue et un contexte historique. L’ère Sengoku est la période féodale qui précède l’unification du Japon. Le récit se place sous les auspices de l'Histoire. Mais comme pour toute œuvre artistique, l’auteur interprète la réalité pour diffuser son message, ses intentions. La première scène du jeu expose un soldat blessé au milieu d’une forêt d’automne toute de rouges et d’oranges. Ces couleurs se reflètent dans l’eau du ruisseau dans lequel gît un cadavre. Ainsi, dans un style typiquement japonais, que l’on retrouve par exemple chez Kurosawa, la nature et les couleurs sont l’expression de l’âme du Japon. L’ère Sengoku était une période de guerres incessantes. La mort était partout. Le Japon, lui-même, était tâché de sang.

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Le récit conté est celui d’un shinobi, Sekiro, qui est à la recherche de son jeune maître enlevé par des individus aux intentions obscures. Armé de son katana et de quelques outils particuliers, le guerrier parcourt des paysages désolés et magnifiques. Tout n’est que ruine au milieu d’une nature splendide. Pour mener à bien sa mission, Sekiro doit affronter de nombreux adversaires monstrueux. Entre serpent géant, fantômes et démons, le joueur affrontera une véritable galerie de Yokai. Certains humains sont par ailleurs si démesurés qu’ils peuvent faire penser aux ogres japonais, les Oni. Cela peut sembler paradoxal de placer des êtres fantastiques dans une œuvre qui affiche sa volonté de coller à une réalité historique. Mais en réalité, tout est symbole et déformation. Le but n’est pas ici de restituer une situation connue et reconnue de l'histoire japonaise mais de retranscrire une époque tamisée par le prisme d’un esprit contemporain.

Le Japon féodal tel qu'il apparaît dans Sekiro : Shadows Die Twice est décrit comme un véritable cauchemar. Une ère de monstres et de haine. Ce que le personnage du sculpteur montrera parfaitement. Plein de désespoir, celui-ci essaye sans cesse de sculpter un bouddha. Mais il n’y arrive jamais. Ses créations sont difformes car il n’est plus complètement humain. Le bouddhisme fait partie intégrante du récit et du gameplay. Comme le veut le Karma, le sculpteur ne pourra pas faire un bon bouddha, créer quelque chose de positif, tant qu’il n’aura pas trouver la paix. Sur le même principe, le joueur ne pourra ramener la paix s’il ne la trouve pas en lui.

Splitscreen-review Image de Sekiro : shadows die twice conçu par Hidetaka Miyazaki et édité par Activision

En effet, le système de combat présent dans Sekiro : Shadows Die Twice est encore plus complexe que dans les précédents jeux d'Hidetaka Miyazaki. En plus de l’esquive, il faut savoir parer, sauter, placer une estoc, ne pas trop attirer l’attention... La difficulté est donc encore plus grande dans l'appréhension du combat au sabre. Pour vaincre ses adversaires, le joueur doit apprendre à maîtriser son avatar. Il doit faire preuve de patience, de concentration et agir au bon moment.

Sekiro : Shadows Die Twice propose ainsi de s'approcher de l’état d’esprit des samouraïs, de découvrir la complexité du combat au sabre et d'entrevoir l’essence de ce que le légendaire bretteur Miyamoto Musashi nommait, dans son Traité des Cinq Roues, la Tactique. D’autant plus que, chaque fois que le héros échoue et perd une vie, une personne commence à tomber malade dans son entourage. S’il veut éviter de répandre la maladie, il doit donc se maîtriser et aborder toute situation d’affrontement avec un esprit clair afin de vaincre. Le monde subit les conséquences des actions du joueur et se modifie dans son essence, ce qui est une des définition du Karma dans la pensée bouddhiste.

Splitscreen-review Image de Sekiro : shadows die twice conçu par Hidetaka Miyazaki et édité par Activision

Au final, Sekiro : Shadows Die Twice est à la fois une œuvre historique et fantastique. Les éléments de la culture japonaise utilisés dans le jeu matérialisent l’atmosphère d’une époque. Symboles et créatures aident à universaliser le récit et la complexité du système de combat aide à s’imprégner de l’esprit des guerriers d’antan. FromSoftware et Hidetaka Miyazaki offrent ainsi avec Sekiro : Shadows Die Twice, un moyen de revivre une période troublée de l’histoire japonaise pour mieux comprendre l’âme du Pays du Soleil Levant.

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