Splitscreen-review Affiche de la Biennale d'art contemporain 2019 de Lyon intitulée Là où les eaux se mêlent

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Fagor et ailleurs

Publié par - 20 novembre 2019

Catégorie(s): Expositions / Festivals

Les paysages immersifs de Renée Levi au M.A.C. de Lyon et de Charlotte Denamur à l’I.A.C. de villeurbanne exigent des conditions de réalisation matérielles spécifiques : mettre à disposition de l’artiste un volume blanc, parce que rien ne doit venir parasiter le projet, un volume neutre, le white cube théorisé par l'artiste-critique d'art Brian O'Doherty. Un espace blanc qui rendrait l’œuvre autonome, se suffisant à elle-même. Cet environnement spécifique aurait la vertu de restituer avec une acuité optimale l'essence même du projet. Une entorse à ce postulat est à relever pour Mia de Renée Levi puisque le parquet n'a pas été recouvert, il est laissé tel quel. Cependant, il ne nuit pas au projet de l'artiste. Sa couleur associée au beige des murs participent même des effets souhaités : se mouvoir dans un volume, voir son recto-verso, l'image du gant retourné. Là où les eaux se mêlent amène donc à prendre le contre-pied de ce postulat en abordant les paysages qui s’intègreraient à un espace déjà occupé par l’homme, à tenir compte des traces laissées. C'est pourtant bien ce défi premier qui avait sollicité l'intérêt des sept curateurs pour le site des usines Fagor : faire travailler des artistes sur des paysages dans une usine désaffectée.

Si certains artistes dans l’usine ont tenu compte des lieux mêmes pour exposer, ils ne sont pas légion. À titre d’exemple, citons The sacred spring and necessary reservoirs de Bianca Bondi dans le hall 2 qui a repris le volume d’un bureau  pour y aménager une cuisine dans laquelle elle a décidé d’utiliser une solution à base de sel répandue sur des objets afin d’en observer l’évolution. Les objets s’épaississent comme "calcairisés". L’œuvre évoluera au fil du temps.

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Bianca Bondi, The sacred spring and necessary reservoirs, 2019, Courtesy de l’artiste et [of the artist and] VNH Gallery, Paris ; Galería José de la Fuente, Santander © Adagp, Paris, 2019. Photo : Blaise Adilon
Dans le hall 3, Saboteurs de Mire Lee réutilise un portique et un palan à l’entrée pour suspendre une forme visqueuse le long d’une chaîne métallique. Une fosse de montage a été réaménagée, un moteur électrique faisant tourner dans un liquide blanchâtre de glycérine, papier, résine et un assemblage de plastique et de câble.

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Mire Lee, Saboteurs, 2019, Courtesy de l’artiste, de la Biennale de Lyon 2019 [of the artist, the 2019 Lyon Biennale]. Photographie de Blaise Adilon, le 1er septembre 2019. © Blaise Adilon
Ces deux exemples reprennent en partie le concept d’œuvres in situ, littéralement “en situation”. À l'origine du concept, le plasticien Daniel Buren a commencé par coller des bandes blanches et de couleur en papier ou en tissu, larges de 8,7 cm dans un espace urbain et selon son bon vouloir. Comme un “outil visuel”. Ensuite le concept a été élargi à toute intervention plastique d'un artiste qui réinterprète le lieu dans lequel l’œuvre est exposée en gardant des traces du passé, sans la présence obligatoire de cet “outil”. Le parallèle peut être fait avec Témoins de Jérémy Gobé qui se matérialise par trois formes géométriques de base utilisées sur deux sites : la fondation Bullukian et le monastère royal de Brou. Trois volumes, le cube, la sphère ou demi-sphère et la pyramide sont assemblés et disposés par l’artiste.

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Anthropocène-Témoins de Jérémy Gobé,2019©Fondation Bullukian-Pauline Roset

Au préalable précisons qu'un partenariat entre la fondation Bullukian et le monastère royal de Brou a permis à Jérémy Gobé d'être accueilli en résidence dans une entreprise du département de l’Ain, Weber à Servas. Deux sources d’inspiration majeures pour Jérémy Gobé : le travail industriel et la question environnementale. Et cette question : comment concilier les deux en tant qu’artiste ? Le plasticien est coutumier de cette démarche originale puisqu’il avait déjà travaillé avec des employés d’une société de textile en liquidation, en Lorraine. Cette fois-ci un savoir-faire industriel n’est pas en péril, bien au contraire. Il s’est adressé à une société leader dans le domaine du bâtiment et plus particulièrement des enduits de façades puisque Weber fait partie du groupe Saint-Gobain. Le titre générique des œuvres est anthropocène.

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Résidence Weber Saint-Gobain, 2019_6_©Jérémy Gobé-Courtesy Jérémy Gobé

Avant d'évoquer ces Témoins, une autre œuvre est digne d'intérêt, elle aussi in situ et pour cause. À la fondation Bullukian, c’est un pan de mur entier dans la cour intérieure de la fondation qui est enduit. Ensuite une matrice en silicone recyclable est plaquée sur le mur afin de créer un motif en relief. Le motif utilisé est un vermiculé. Il rappelle les sinusoïdes réalisées par les vers dans la terre, ainsi qu'un type de corail appelé cerveau de Neptune. Dernière opération, une peinture est répandue au pistolet. Elle présente la particularité de changer de couleur en fonction des conditions climatiques. Des effets moirés, un nuancier de couleurs allant du rose au bleu. Une œuvre respectueuse de l’environnement puisque la matière utilisée comprend moins de 8% de ciment, le reste étant constitué de sable et de chaux.

Le même motif, la même matière et la même couleur caractérisent les Témoins.

Les Témoins sont des volumes élémentaires, demi-sphère, cube et pyramide. Il y en a quatre dans la cour herbeuse de la fondation Bullukian. On retrouve ces formes géométriques au monastère royal de Brou à Bourg-en-Bresse et c’est là que le projet de Jérémy Gobé prend toute son ampleur et est sujet à interprétation.

Il s’agit d’un monastère, de sa partie conventuelle, dans le troisième cloître, le moins ouvragé, celui conçu par des architectes au début du XVIème siècle. C’est le cloître dit de la ménagerie regroupant cuisine, fours, cave, chauffoir, infirmerie. Jérémy Gobé reprend les mêmes formes, et rajoute la sphère.

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Photos LG. Monastère royal de Brou

Et c’est maintenant que le visiteur est mis à contribution. Il doit trouver le meilleur point de vue, celui qui valorisera le mieux ces formes élémentaires en architecture. Le pavement de la cour, la tonalité grise de la pierre, tout concourt à l’insertion de ces trois formes dans ce lieu. Et c’est ce que fait le plasticien. Il pose ces volumes à l’unité sur le muret de la galerie nord. Ils sont quatre, deux cubes, une sphère et une pyramide, si bien qu’on ne les voit pas tout de suite en traversant l'ancien réfectoire des moines situé à l’ouest, il faut avancer dans la première galerie. Ils sont alors face à nous. On voit aussi un premier Témoin près d’un puits au centre de la cour, le deuxième est à l’angle des galeries suivantes. Un focus sur l’un des deux Témoins avec le puits central en arrière-plan est nécessaire. C’est un paysage qui s’offre en deux plans. Face à soi, la forme triangulaire de la toiture du puits central et à nos pieds la pyramide, les quatre colonnes qui délimitent un parallélépipède et les cubes, le cercle de la margelle et la demi-sphère. Une harmonie se dégage de ce paysage. Un rapport d’échelle s’établit entre ces trois formes élémentaires et cet édifice basique, un puits servant à alimenter la communauté des moines. Pur plaisir visuel me direz- vous ? Pas que.

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Photos LG. Monastère royal de Brou

On apprend dans une vidéo diffusée dans l’ancienne cuisine du monastère que ces trois formes constituent le logo de la société Weber spécialisée dans les matériaux de façadage : la sphère pour la chimie, le cube pour la maison et le triangle pour les matières premières. Rien de bien surprenant. On peut aussi rappeler d'autres références liées cette fois-ci au contexte religieux du lieu. La religion formate l’univers mental des hommes, elle est indissociable des périodes de construction des monastères au Moyen-Âge et au début de la Renaissance. Les clercs raisonnaient par analogies. Les analogies visaient à resituer les actions de l’homme dans l’univers au regard de la création divine, soit les rapports entre l’humain, le microcosme, et l’univers, le macrocosme puisque pour les religions dites révélées, celles du Livre, tout a été créé, et écrit. Il suffit de savoir décoder. Couleurs, nombres, formes géométriques avaient une correspondance, renvoyaient à des épisodes religieux, étaient associés à des symboles. Par exemple pour les surfaces de base, le carré renvoyait au terrestre, à l’humain et le rond au céleste, au divin, la perfection.

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Photos LG, monastère royal de Brou

Un très bref rappel de la symbolique romane en architecture pour dire quoi alors ? Qu’en sortant du contexte religieux, et en revenant dans un contexte sécularisé, que Jérémy Gobé nous amène avec Anthropocène à resituer l’homme dans l'univers, à le réinsérer dans son environnement, en tant que faisant partie du monde animal et partageant cet environnement avec les autres animaux, mais aussi avec le végétal et le minéral. La question est d’actualité et brûlante : quel est l'impact environnemental de l'homme ? Dans le cadre du monastère, de cette architecture spécifique, quel est notre propre rapport au paysage proposé, Témoins, à ces trois formes élémentaires géométriques assemblées, la sphère, le cube et la pyramide au regard du puits central ? Comment mon regard accapare l'espace, voit les volumes ? Tout est alors question de distance, celle que je désire instaurer entre moi et ce paysage, ni trop près, ni trop loin pour que mon regard puisse trouver un équilibre. Un juste équilibre. Comment l'homme anthropise-t-il son environnement ? Jusqu'où peut-il aller dans son exploitation, sa préservation ou sa destruction ?

Il se joue alors une relation entre l'humanité et l'environnement, tout comme elle se jouait entre le microcosme et le macrocosme à une époque antérieure et qui se joue au moment où je me place face à l’œuvre.

Trois temporalités pour interpréter un même paysage. Trois eaux qui se mêlent.

Plein tarif : 16€

Pack Entrée + visite ou audioguide : à partir de 17€
Billet-Brunch* : Entrée + Brunch du dimanche aux Usines Fagor : 30€ | 26€ (Pour les moins de 26 ans)

*Tarif spécial accessible uniquement en prévente en ligne ou au 04 27 46 65 65 (du mar. au dim. de 10h à 15h).
Tarif Réduit : 9€
Pack Entrée + visite ou audioguide : à partir de 13€
Sur présentation d’un justificatif : Moins de 26 ans, demandeurs d’emploi, carte famille nombreuse, enseignants et professeurs des écoles, professeurs en école des beaux-arts et d’architecture, accompagnateurs de PSH, professionnels du secteur culturel, les soirs de nocturne à partir de 18h.

Gratuité
Sur présentation d’un justificatif : Moins de 15 ans, détenteurs du PASS’REGION, étudiants en formation diplômante de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, étudiants des écoles d’arts, d’arts appliqués, d’architecture suivant des cursus diplômant, bénéficiaires du RSA, carte MAPRA et maison des artistes, carte ICOM et IBA, LYON CITY CARD, personnes en situation de handicap.

Pass permanent illimité
Pass permanent nominatif qui permet un accès illimité aux Usines Fagor, au macLYON et à l’IAC, Villeurbanne du 18 sept. 2019 au 05 janv. 2020.
Pass simple : 25€
Pass duo : 40€ (Valable pour 2 personnes)
Pass jeune : 16€ (moins de 26 ans)

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