Splitscreen-review Image de Vivarium de Lorcan Finnegan

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Vivarium

Publié par - 18 mars 2020

Catégorie(s): Cinéma, Critiques

Présenté à la semaine de la critique à Cannes en 2020, Vivarium, dans la continuité du court-métrage Foxes, nous propose une réflexion autour de la constitution d'une famille et son installation dans une demeure apte à abriter le bonheur tant espéré par le couple. Le foyer en question se situe dans une banlieue pavillonnaire vide. Il est investi par un couple hétérosexuel de classe moyenne. Pour son second long-métrage, Lorcan Finnegan nous propose une expérience surnaturelle, presque horrifique, aux tonalités proches d'une série mythique datant de 1959 La Quatrième Dimension.

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Vivarium nous fait donc le récit du quotidien d’un jeune couple, Gemma (Imogen Poots) et Tom (Jesse Eisenberg), désireux de s'installer afin de fonder un foyer, ce qui s'inscrit a priori dans une continuité logique au regard du schéma modèle (majoritaire) qui établit ce que doit être une famille comme il faut. Malheureusement pour eux, l'emménagement va se révéler plus compliqué que prévu et leur environnement va finalement devenir une projection mentale de leurs peurs les plus profondes et jusque-là enfouies. Les protagonistes font face à leurs angoisses et se transforment surtout en sujets d'études pour établir une critique plus globale du système sociétal qui est le nôtre. Il est ici question d'observer les effets du capitalisme, du consumérisme, d'un comportement social dicté par une norme finalement "castratrice" et, donc, de la destruction de l’individu causé par une normalité qui ne lui sied guère.

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Le couple est soumis à une pression sociale qui, in fine, génère une peur de l’engagement. Les personnages sont enfermés malgré eux dans un huis clos pavillonnaire synonyme de cauchemar. L’auteur s’inspire fortement de la politique de développement immobilier de l'Irlande qui engendra l'édification de ces banlieues fantômes. Cette banlieue aujourd’hui est devenue un univers carcéral à ciel ouvert. Ces espaces abritent autant qu’ils conditionnent et cachent en leur sein des désirs et des déconvenues. La banlieue représente une certaine forme d’uniformisation des comportements privés comme collectifs qui fondent l'individu dans la masse là où, de nos jours, une différence contrôlée est mise en valeur, voire cultivée.

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Le plus marquant dans Vivarium, c’est son esthétique. Tout est normal, trop, et c’est justement ce qui est intéressant. L'intention est simple : faire de la normalité un élément insupportablement angoissant. Les nuages ont des formes de nuages, la pelouse est parfaitement coupée, les murs sont monochromatiques et c’est par cela que Lorcan Finnegan crée une tension où, finalement, le normal devient l’anormal. Ces impressions sont soulignées par un travail sur le sound-design au point que chaque son, aussi simple qu’il soit, est amplifié pour devenir un outil. Le plus souvent, le son est source de malaise : une simple mastication, par exemple, devient insupportable. Le silence est, quant à lui, du fait du mode de vie moderne, synonyme d'anormalité. Ainsi, par ce travail aussi précis que méticuleux, l’environnement sonore est constamment une source d’angoisse qui se transmet au spectateur.

Le rapport à la musique intradiégétique sert de contrepoint puisqu'il symbolise, finalement, liberté et calme. Notons à ce titre que la musique permet aux corps de s’exprimer en liberté (ceux-ci semblent épouser les courbes sonores) mais, d’autre part, lorsque la musique est extradiégétique, elle participe à l'instauration du climat anxiogène global. À cela on peut ajouter de nombreuses influences sur l'aspect photographique ou sur la lumière (Gregory Crewdson et Roy Andersson pour la colorimétrie). On pense aussi, visuellement, à Olafur Eliasson avec notamment The Weather Project et, bien évidemment, à L’Empire des Lumières de René Magritte.

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Ces nombreuses inspirations témoignent de la direction esthétique de Vivarium : des ambiances colorimétriques marquées et opaques alliées à une certaine forme de minimalisme dans la gestion du décor. Une volonté est là, très présente, celle d’une narration portée par l’image. Pour cela Finnegan graphiste en design, de formation, utilise divers procédés : jeu sur les formes, jeu sur les contrastes chromatiques mais aussi un usage récurrent des fondus enchaînés.

Si Vivarium est, à n'en pas douter, un film riche en idées visuelles, il est cependant versé dans une forme de redondance esthétique qui donne la sensation d'un manque cruel de maîtrise et de subtilité. Ce jeu autour de l’image se perd parfois dans des symboliques trop classiques voir simplistes. D’un point vue de la bande sonore, Kristian Eidnes Andersen utilise une recette efficace mais trop évidente, ce qui la confine dans le consensus. On peut noter certaines envolées plus charmantes et texturées qui savent donner au film une identité plus forte mais qui, au regard de l'unité globale, tendent à insister sur le déséquilibre énoncé entre le trop, le subtil et le manque.

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Vivarium souffre, dans sa globalité, de ce manque de maîtrise. Malgré des intentions visuelles intéressantes, la dramaturgie mise en place est au premier abord séduisante mais se perd finalement dans un esthétisme forcé et un intellectualisme qui ne l'est pas moins. La palette d'émotions autorisées au spectateur se limite à l'angoisse et à l'agacement sans apporter de nuance à ce qui sépare les deux principes. Dans sa volonté de montrer ses protagonistes comme des cobayes enfermés dans ce “vivarium”, le film leur donne une nature proche de l’ersatz faisant du spectateur, finalement, un scientifique qui, dénué d’empathie, regarde lentement l'évolution de ses expérimentations s’accomplir sans éprouver d'émotion particulière une fois le choc de la nouveauté passé.

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Crédit photographique : ©The Jokers Films

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