Splitscreen-review Image de El Camino : un film Breaking Bad de Vince Gilligan

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El Camino : un film Breaking bad

Publié par - 24 mars 2020

Catégorie(s): Séries TV / V.O.D.

Il y a maintenant plus de 6 ans, une création télévisuelle au succès considérable s’achevait dans un final mémorable : Breaking Bad, la série de Vince Gilligan se clôturait sur l'épisode  Felina et mettait un terme à l’histoire de Walter White (Bryan Cranston). La série nous laissait cependant dans l’expectative quant à l’avenir de son deutéragoniste : Jesse Pinkman (Aaron Paul). La dernière fois que l’on voyait Pinkman, c’était à bord d’un modèle de voiture particulier, une El Camino, fuyant le lieu où il avait été retenu en esclavage, forcé de fabriquer de la meth pour un groupe de néo-nazis durant des mois. Et puis plus rien. Le final se concentrait uniquement sur son protagoniste. Pourtant, 6 ans plus tard, Gilligan revient pour finir ce qu’il a commencé et nous apporter quelques précisions quant au devenir de Jesse.

El Camino s'ouvre où la série s'était arrêtée, c'est-à-dire directement après le final de Breaking Bad. On retrouve Jesse tel qu’on l’avait quitté conduisant vers sa liberté. Mais la liberté ne sera pas simple à obtenir, Jesse est traqué par les forces de police et hanté par son passé. Aidé par ses deux derniers amis, Badger et Skinny Pete, il part à la recherche de l’argent volé par ses geôliers afin de se payer les services d’un homme de main qui pourrait lui permettre de quitter définitivement Albuquerque et d'obtenir une nouvelle identité, comme Walter avant lui.

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Dans sa dramaturgie, le film se scinde en deux parties : la fuite de Jesse déclinée au présent et les ponctuations occasionnées par l'émergence de flashbacks consacrés à la vie de Jesse pendant son emprisonnement ou à ses souvenirs de discussions avec les personnes qui ont marqué sa vie. Ces flashbacks nous permettent d’observer l’évolution de Pinkman à travers la série, de convoquer certaines facettes du personnage afin de mieux comprendre l’homme qu’il est devenu à présent et qui conditionne les actions qu'il entreprendra dans le film.

Comme le souligne Vince Gilligan, “Jesse est un leader qui pense être un suiveur”. Et c’est là résumée toute la tragédie qui touche le personnage. Il est écrasé sous le poids d'un monde régit par des comportements hiérarchisés selon des fonctionnements qui relèvent du bestial. Or Jesse est à la croisée des chemins. Cette pensée va donc être le moteur des flashbacks de Jesse pour baliser une trajectoire qui prend des allures de chemin initiatique. Le film tend donc à montrer comment un individu suit un cycle évolutif pour devenir un adulte mature qui se situe bien loin du gamin du début de la série et qui ne se laisse plus piétiner par quiconque.

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Pour s'inscrire dans une logique toute américaine, El Camino reprend quelques codes du Western pour faire de Jesse une figure proche des "good-bad-men" qui peuplaient le genre. Le Jesse que l’on voit ici est en quête de renaissance et cette quête (outre un retour aux racines) passe par un élément inévitable du western : la confrontation finale. Hommage direct aux duels, point culminant de l’histoire. Jesse devient alors le héros qu'il n'a jamais été, un personnage plein de courage qu’il était destiné à devenir. En plus de servir le personnage, les emprunts au western servent aussi la mise en scène qui, par un jeu de cadrage et de montage, transforme un vieil atelier de soudure en véritable théâtre elizabethain apte à accueillir le dénouement de la tragédie. Autre code du western déjà éprouvé dans la série, les plans qui montrent l’homme face à l'immensité du désert et à sa propre solitude. Le réalisateur s’amuse même avec quelques procédés qui avaient une grande importance dans Breaking Bad tels que le jump cut. On pense par exemple à celui où Jesse saccage un appartement pour trouver de l’argent. Le plan est filmé au dessus de l’appartement, plan aérien qui enferme l'individu dans sa logique pour faire de la scène une manifestation des obsessions monomaniaques du personnage. Jesse semble déambuler dans l'appartement comme s'il errait sur une carte routière géante. Jesse se démultiplie, fouille chaque recoin tel une fourmi. Ce plan permet, en quelques secondes, de résumer le temps de l'action et de souligner l'enfermement du personnage dans une logique qui l'emprisonne et qui parasite son esprit. Gilligan nous prouve une fois de plus qu’il est un metteur en scène capable de réadapter les codes d’un genre tout en les nourrissant des ingrédients qui ont fait son succès.

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Par son traitement qui ressemble presque à une expérimentation (narration épurée), El Camino s’éloigne de Breaking Bad. Gilligan ne cherche pas ici  à recréer la dimension tragique de la série. Même s’il ne fait que réinterpréter des événements passés et qu'il reste un ajout dispensable car il ne fait que prolonger le travail antérieur, El Camino est un épilogue doux-amer centré autour du seul personnage de Jesse Pinkman. En effectuant cette rupture narrative et formelle avec ce qui a précédé El Camino, Gilligan s’impose comme un metteur en scène capable d’adapter un genre très codifié à sa propre mythologie. El Camino est à Jesse ce que Felina fut pour Walter White, un adieu à un personnage, malgré tout, incroyablement attachant.

Bonne chance, Mr. Driscoll.

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Crédit Photographique : Netflix

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