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Les voisins de mes voisins sont mes voisins

Publié par - 4 juillet 2022

Catégorie(s): Cinéma, Sorties DVD/BR/Livres

La sortie vidéo du film de Anne-Laure Daffis et Léo Marchand intitulé Les voisins de mes voisins sont mes voisins édité par Jour2fête rend enfin justice à ce film peu approché et peu mis en avant par la critique. Le visionnage vidéo, même s’il ne remplace pas l’expérience de la découverte en salle, nous a donc permis de ne pas passer à côté de cet objet filmique qui, très vite, sait séduire le spectateur.

De toutes les formes cinématographiques, l’animation a ceci de particulier qu’elle s’octroie le droit de se soustraire aux règles réalistes qui habitent inconsciemment l’esprit du public qui regarde un film en prises de vues réelles. En revanche, si l’animation n’a pas à se soumettre aux lois de la physique, à la vraisemblance ou à la véracité historique, elle se doit par contre de redoubler d’imagination pour instaurer des liens cognitifs avec le spectateur pour créer un rapport intime entre l’écran et celui qui le contemple. Cela se situe principalement au niveau de ce qui relève de l’identification et de la représentation. Conscients de ces impératifs, les auteurs de Les voisins de mes voisins sont mes voisins ont structuré leur œuvre autour du principe de choralité qu’ils se sont attachés à respecter tant au niveau formel que narratif.

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Plusieurs histoires en apparence distinctes s’enchâssent dans le scénario. L’objectif visé est évident. Il s’agit de proposer une réflexion sociétale fondée sur l’adjonction de différences identitaires qui, réunies par les hasards de l’existence de chacun, dresse le portrait d’un univers reconnaissable, celui de la France des années 2000. Le film s’ouvre sur l’histoire d’un prestidigitateur d’origine italienne qui rate un numéro. À cette occasion, son assistante se voit dépossédée de ses jambes et il va falloir vivre avec ce manque, d’autant que le magicien perd son emploi dans le cirque où il se produisait. Notons que cette partie de l’histoire est empruntée à un court métrage (La Vie sans truc) réalisé par les deux auteurs en 2013. Les jambes de l’assistante se réfugient dans un immeuble d’habitation de la banlieue parisienne où se croise une ribambelle d’individus qui n’auraient pas déplu à Jacques Tati. Des marginaux se retrouvent ici coincés involontairement (le type qui projetait de gravir une montagne célèbre se retrouve bloqué dans l’ascenseur) ou parce qu’ils sont tout simplement ici à leur place : un ogre et une danseuse de flamenco qui élève seule ses enfants (personnages vus également dans un court-métrage précédent, Le Saint Festin 2007), un vieil homme solitaire, etc.

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À ce monde hétéroclite s’ajoutent des éléments ou des événements prélevés dans une réalité dépossédée de sa chronologie historique : des élections présidentielles, l’apparition parisienne d’une princesse célèbre, etc. Si les faits empruntés à la réalité française des années 1990/2000 nourrissent le schéma de progression de l’intrigue pour définir un univers, ils n’en constituent pas moins, parfois, des péripéties aussi surprenantes qu’efficaces pour permettre à l’intrigue de progresser. Par exemple, les nappes de temporalité distinctes qui balisent les récits justifient les correspondances narratives et formelles.

Car le film est construit, dans son propos comme dans sa forme, selon un principe de strates qui s’agencent les unes par rapport aux autres pour composer un argumentaire dramaturgique autant qu’une structure formelle. L’image, dans sa constitution, reprend à son compte ce procédé. Elle se compose d’éléments disparates (dessins, prise de vue réelle, insertion, incrustation), de différentes techniques qui s’ajoutent ou qui se superposent pour élaborer un palimpseste qui constitue la matière principale du film. Ce dispositif irrigue toute la partie créative de l’œuvre puisque l’association des différents personnages, réunis par des lieux, des temporalités ou par le montage, participe à définir l’univers du film. Les voisins de mes voisins sont mes voisins foisonne de trouvailles formelles ou dramaturgiques qui surprennent et enchantent pour l’audace qui les caractérise afin d’emporter presque à coup sûr l’adhésion du spectateur.

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Crédit image :  © JOUR2FÊTE. Tous droits réservés

Suppléments :
Rencontre avec Léo Marchand à la Cinémathèque française (37 min)
Courts-métrages : La Saint-Festin (2007, 15 min), La Vie sans truc (2013, 25 min)
Livret (36 pages)

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