Splitscreen-review Image de La vie de château, mon enfance à Versailles de Clémence Madeleine-Perdrillat et Nathaniel H'limi

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La vie de château, mon enfance à Versailles

Publié par - 11 mars 2026

Catégorie(s): Cinéma, Sorties DVD/BR/Livres

Les amateurs de cinéma d’animation se souviennent peut-être des premières apparitions de La vie de château. Le projet a connu, sur près d’une décennie, plusieurs incarnations successives. D’abord présenté au Festival d’Annecy en 2019 sous la forme d’un court-métrage de 29 minutes, le film a ensuite été développé en mini-série animée (pour France Télévisions) centrée sur les personnages de Violette et de son oncle Régis. Puis, en raison du succès rencontré par ces épisodes, La vie de château a donné lieu à la publication de romans qui en reprennent l’univers. Le long-métrage sorti en salles à l’automne 2025  concerné par une édition vidéo aujourd’hui constitue ainsi l’aboutissement d’un parcours tout en revenant au point de départ de l’histoire.

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Le long-métrage proposé ici n’est en rien un résumé de la série. Il développe au contraire certaines problématiques que le premier court-métrage ne faisait qu’esquisser. En accordant plus de temps, question fondamentale soulevée par le film, et plus d’attention aux personnages, La vie de château, mon enfance à Versailles suit avec plus de précision l’évolution de ses protagonistes et parvient à rendre perceptibles les variations émotionnelles qui jalonnent le rapprochement de Violette et de Régis. La vie de château, mon enfance à Versailles, sous des allures enfantines, du dessin au point de vue principal sur les événements, celui de Violette, relève un défi majeur : rendre intelligibles à tous les publics les cheminements initiatiques des deux personnages centraux, un adulte et une enfant.

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Le choix de situer l’action à Versailles pourrait suggérer un usage symbolique du décor. Or, dans un premier temps, le film s’en détourne : pour Violette, le château est un lieu étranger qui marque une rupture avec sa vie passée plus qu’il ne reflète ses états intérieurs. Le château est un espace relativement neutre dont l’étrangeté pour l’enfant accentue surtout l’impression de déplacement et de déracinement. Puis, au fil du récit, Versailles se chargera d’une nouvelle fonctionnalité identique à l’espace hostile (forêts, villes, contrées inconnues) présent dans les contes. Versailles se mue alors en propositions d’épreuves qui conditionnent l’évolution identitaire de Violette mais également de Régis.

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Le temps du film, sa rythmique, n’est pas beaucoup plus simple à appréhender et à installer. Du postulat de départ, l’enterrement des parents de Violette, naît une mécanique narrative indexée sur le temps du deuil. Le cheminement en question est celui d’une enfant de huit ans. Comment rendre ce parcours accessible et concevable aux enfants et aux adultes qui voient le film ? Les auteurs ont fait le choix d’une animation simple mais loin d’être simpliste. D’abord, l’ensemble est constitué d’un dessin aux traits aisément identifiables. À cela s’ajoute l’usage de chromatiques qui servent autant de repères visuels qu’à la restitution d’un ressenti qui rapproche Violette de Régis et réciproquement.

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La mise en scène n’est pas négligée. De judicieux cadrages rendent compte des infimes vibrations émotionnelles qui réunissent les personnages. Le rapport enfant/adulte, manifeste à travers l’usage des contre-plongées, souligne la distance qui sépare affectivement, au départ, Violette de Régis. Puis, au fil des séquences, les positions de caméra sont moins prononcées. Ainsi, plus le film avance moins l’écart de taille (gigantesque au départ) entre l’adulte et l’enfant se mesure ou surprend l’œil du spectateur. Violette ne perçoit plus Régis comme un monstre de conte mais comme un adulte attentif et réceptif à ses souffrances et à ses besoins.

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Ce travail sur les échelles de perception, sur la couleur comme sur les cadrages, accompagne ainsi un double apprentissage : celui de Violette confrontée au deuil mais aussi celui de Régis, contraint de redéfinir sa place auprès d’une enfant qui bouleverse son quotidien. Le film gagne ainsi en complexité.  Ce qui affleure au départ, et qui se matérialise au fil des scènes, c’est que Régis parvient à mieux se connaître lui-même en raison de l’intérêt qu’il porte au bien-être de l’enfant. L’expérience de l’autre est fondamentale dans le développement personnel des personnages. Aussi, leur devient-il impensable de se séparer. Cela arrivera, bien sûr, mais à l’instant du film, les nouvelles pratiques affectives qui réunissent les protagonistes sont nécessaires à une construction identitaire secouée par les accidents de la vie.

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À mesure que le film progresse, il apparaît que le véritable sujet de La vie de château, mon enfance à Versailles n’est ni le deuil ni même l’enfance mais la possibilité d’une relation réparatrice. Entre Violette et Régis se tisse un lien qui ne relève ni de l’évidence familiale ni du devoir moral mais d’un apprentissage mutuel et progressif. L’animation, par la sobriété de son dessin et la précision de ses variations chromatiques, donne à voir cette lente transformation intime. Là où dominaient d’abord la distance, la peur, se substitue peu à peu une forme d’attention réciproque. Le film rappelle ainsi que la reconstruction procède d’une accumulation de signes parfois anodins : un geste, une présence, une écoute, des mots. C’est peut-être là que réside la plus grande réussite du film, dans cette manière discrète mais conséquente d’inscrire l’expérience intime au cœur d’un récit accessible à tous.

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Outre un livret-jeu qui ravira parents et enfants (prolongement des plaisirs de visionnage et possibilité d’un dialogue autour du film), deux suppléments accompagnent le film. Ni trop longs, ni trop complexes, les deux bonus abordent avec érudition et simplicité les étapes de fabrication du film et du travail de composition musicale.

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Crédit image : ©Films Grand Huit.

 

Suppléments :
« La Fabrication du film » (16’)
« La Musique du film » : Entretien avec Albin de la Simone (10’)
1 livret-jeux

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