Nous l'Orchestre
Publié par Stéphane Charrière - 24 septembre 2026
Catégorie(s): Cinéma, Sorties DVD/BR/Livres
Nous avons déjà évoqué le travail documentaire de Philippe Béziat au sujet des Indes Galantes, spectacle mis en scène à l’Opéra Bastille par Clément Cogitore. Si nous retrouvons avec ce nouveau film, Nous l’Orchestre, l’une des caractéristiques principales de l’œuvre de Béziat, établir des liens de causalité entre des œuvres du répertoire et les artistes contemporains qui les interprètent, ce dernier opus nous offre l’occasion d’une expérience inédite. Avec Nous l’Orchestre, nous est donnée l’occasion d’entendre la musique au moment où elle se met en pratique depuis la position de ceux qui la produisent, les musiciens de la Philharmonie de Paris.
Déjà, une idée formidable : le film utilise la musique et sa pratique comme discours principal. C’est-à-dire que c’est la musique qui dicte à l’image sa conduite. Par exemple, lorsque le cinéaste recueille les commentaires et les récits des musiciens, il choisit de ne pas moduler les sons afin de juxtaposer les voix à la musique. Il fait le choix d’utiliser des cartons, comme dans un film muet, afin de préserver, paradoxalement, un contact presque charnel entre le spectateur et les partitions jouées. Le principe s’enrichit d’une autre idée qui rejoint celle du film : montrer l’existence du singulier au cœur du pluriel. Car un orchestre, nous l’entendons et le voyons parfaitement dans le film, s’il produit des sonorités communes, est fait d’adjonctions individuelles. Aussi, les propos tenus par les musiciens amenés à se prononcer sur différentes questions qui touchent aussi bien à l’intime qu’au collectif, sont anonymisés. Ne pas associer l’expression d’une pensée, d’un ressenti à un visage, à une voix, rejoint l’essentiel du projet : à l’image de la pratique des instruments, la complémentarité des musiciens s’expérimente à partir de leur travail et de ce qu’humainement ils vivent lorsqu’ils travaillent.
Il faudra être attentif pour mesurer la virtuosité du cinéaste. Le dispositif de tournage, complexe à souhait, capitalise sur l’installation de nombreux micros disposés à proximité d’un maximum de musicien afin de capter les particularités de chaque instrument. Le travail de post-production, colossal, a consisté à arranger, organiser, accorder et harmoniser l’ensemble des captations sonores avec les images afin de guider l’expérimentation du spectateur. En d’autres termes, Philippe Béziat est ici l’auteur d’un geste hybride qui tient autant de l’attitude d’un cinéaste que celle d’un chef d’orchestre.
Avec Nous l’Orchestre, Philippe Béziat réussit à rendre tangible le dialogue abstrait des musiciens d’un orchestre. Le spectateur, le plus souvent habitué à saisir la musique dans son ensemble, sera initié aux particularités de chaque instrument et aux canaux de communication qui œuvrent à une mise en forme musicale. Ainsi, le film nous donne à participer à une expérience totalement inédite autant physique que visuelle et auditive : vivre au cœur d’un orchestre et en mesurer tout l’agencement organique.
Crédit photographique : © Pyramide Distribution
Suppléments :
Entretien avec Philippe Béziat (20'10")
Dans les coulisses de la Philharmonie de Paris avec Francisco Lourenço, altiste à l'Orchestre de Paris (12'50")
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