Splitscreen-review Image de L'Amérique des autres de Goran Paskaljević

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L'Amérique des autres

Publié par - 6 novembre 2026

Catégorie(s): Cinéma, Critiques

Peu connu en France si ce n’est de quelques amateurs éclairés, Goran Paskaljević a édifié une œuvre qui a tout pour séduire le grand public. Mais encore faut-il pour cela que les films du cinéaste bénéficient d’une distribution digne de ce nom. C’est justement cette insuffisance que se propose de réparer Malavida Films en distribuant L’Amérique des autres réalisé en 1995. Le film a bénéficié à l’époque d’une reconnaissance festivalière marquée par l’obtention d’un prix à Valladolid. Sans doute éclipsé par Emir Kusturica, cinéaste avec lequel on le compare un peu trop vite, Goran Paskaljević a travaillé sur des territoires filmiques particuliers qui auraient dû pourtant lui éviter d’être régulièrement comparé à l’œuvre de Kusturica. Car le cinéma de Goran Paskaljević affiche des liens évidents avec le néoréalisme italien.

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Si chez Kusturica le réel sert de socle aux intrigues et à la mise en scène, une dose de merveilleux transcende systématiquement le naturalisme originel. Cette intervention du fantastique, produit de la subjectivité des personnages, se manifeste par l’éclosion visuelle de représentations mentales faite de désirs, de croyances ou, le plus souvent, de superstitions. Chez Goran Paskaljević, le réel n’est que très rarement trahi, il est enjolivé. Dans L’Amérique des autres, les personnages ne transforment pas la réalité, ils s’adaptent à elle pour tenter d’envisager l’espace filmique comme le lieu où les volontés individuelles peuvent possiblement s’épanouir.

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L’Amérique des autres décrit, difficile de ne pas le noter, une situation profondément contemporaine : des migrants venus d’Europe se réfugient aux États-Unis avec l’espoir de vivre plus décemment que dans leur pays d’origine. Le rêve américain de chacun se satisferait volontiers de moments de paix et d’un travail pourvoyeur de gains suffisants pour se nourrir, se loger et permettre à ceux restés au pays de recevoir quelques dollars qui amélioreraient sans aucun doute le quotidien. L’Amérique des autres est d’abord une histoire d’amitié, celle qui unit deux expatriés, Alonso (Tom Conti), l’Espagnol, et Bayo (Miki Manojlović), le Monténégrin. Alonso tient un café miteux dans un coin reculé de Brooklyn et Bayo vit de travaux qu’aucun Américain ne veut effectuer.

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Bayo envoie régulièrement de l’argent à sa famille restée au Monténégro mais, là-bas, l’argent n’arrive pas. On s’inquiète. Alors, Lukas (Sergej Trifunović), l’aîné des fils, convainc sa grand-mère de partir en Amérique à la recherche de Bayo. Ainsi, la grand-mère, Lukas et les deux derniers de la fratrie, Pepo (Lazar Kalmic) et Savka (Andjela Stojkovic) partent pour un périple dont nous ne verrons pas grand-chose si ce n’est quelques scènes pour illustrer les étapes majeures du voyage : le départ, le Mexique, le Texas et puis New York. Inévitablement, le ton humoristique qui teinte la vie new-yorkaise contraste avec la gravité qui accompagne le dangereux périple de la famille.

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Mais il ne faut pas se tromper. Si une forme d’humour façon comédie sophistiquée émaille le récit, il n’est pas interdit de penser à Chaplin ou à De Sica dans certaines séquences, le comique ne parvient jamais totalement à dissimuler les drames qui guettent. Au-delà de la singularité d’Alonso et de Bayo, la dramaturgie nous impose une réévaluation d’échelle. Les péripéties scénaristiques aux tonalités dramatiques racontent les tragédies vécues par des populations contraintes à l’exil. Peu importe la raison de l’exode, les destins sont brisés avant toute initiative. Dès l’arrachement à la terre originelle.

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Il y a quelque chose de Chaplin, nous l’évoquions plus haut, dans le parcours et la description du quotidien de ces émigrés installés tant bien que mal dans New York. Les comportements de chacun des personnages nimbent d’espoir les bas-fonds de Brooklyn. Dans L’Amérique des autres, même dans ses moments les plus tragiques, il y a toujours une lueur d’espoir qui naît de l’attitude de l’un ou de l’autre. C’est là tout le talent de Goran Paskaljević. Le cinéaste est toujours en capacité de faire émerger d’une toile de fond proche de l’univers photographique de Jacob Riis (photographe qui a su saisir l’envers du décor new-yorkais), une émotion positive initiée par des personnages ballottés par l’histoire et leur condition. L’Amérique des autres le prouve, il est toujours possible de trouver, de voir, de créer et de montrer de la beauté dans un univers où pauvreté rime avec laideur et où les rejetés du système survivent comme ils le peuvent dans la dignité.

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Crédit photographique : © Malavida

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