Splitscreen-review Affiche du FEMA 2026

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FEMA 2026

Publié par - 16 juillet 2026

Catégorie(s): Cinéma, Expositions / Festivals

Les années se suivent, la recette du festival de La Rochelle, 54ième du nom, reste la même et son succès, fort heureusement, ne se dément pas. Partagé entre découvertes (près de 30 avant-premières cette année sans parler des 17 documentaires inédits ou en avant-première également), hommages (Dag Johan Haugerud, Nanni Moretti, Cristian Mungiu, Léa Mysius, Regina Pessoa et Abi Feijó), rétrospectives (Jacques Tati, Diane Keaton, Youssef Chahine, Leida Laius) et restaurations ou rééditions diverses, le festival contente et rassemble tous les regards cinéphiliques possibles.

Abondance de biens ne nuit pas même si la frustration gagnera certainement le festivalier lorsque, rétrospectivement, il mesurera l’ampleur de tout ce qu’il n’a pu voir faute de temps. À La Rochelle, la convivialité prime. Agréable sensation pour le critique habitué aux séances corporatives de se retrouver mêlé à une foule qui discute des films de manière décontractée : ici les films ne se défendent pas, on les admire et on en parle autour de soi afin de partager et de prolonger une émotion vécue bien au-delà des génériques de fin. À La Rochelle, on tente d’inviter l’autre à découvrir des films plutôt que de lui imposer une vision… un vrai travail de transmission.

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Selome Emmetu, Ella Øverbye in Drømmer in Dreams (Sex Love) by Dag Johan Haugerud, NOR 2024 © Agnete Brun

La Rochelle, c’est le festival de cinéma par excellence. Le public rejoint ici, dans sa densité et dans sa diversité, l’élan populaire des premières projections payantes. On retrouve à La Rochelle comme un paradis perdu. Des séances complètes, un respect pour les œuvres présentées, même si, cela arrive rarement, elles déplaisent. Curiosité et envie sont les moteurs cinéphiliques qui animent la foule conséquente qui se presse aux avant-premières comme aux rétrospectives. Alors qu’avons-nous vu à La Rochelle ? Voyons, justement, même si nous avons conscience de n’avoir rien vu à La Rochelle.

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Jour de fête de Jacques Tati © Les Films de Mon Oncle / Specta Films CEPEC. Tous droits réservés

Avant la ressortie en salle cet été des films de Jacques Tati, les œuvres de ce dernier furent présentées à un public émerveillé devant l’immuable pertinence des processus comiques employés, voire inventés par l’auteur. La qualité des copies et les présentations qui accompagnaient les projections ont sans doute participé au succès de l’entreprise. Le visionnage des films confirme, s’il en était encore besoin, que l’intégration de principes qui ont fait la réputation du Slapstick (genre comique érigé en modèle narratif et formel par Mack Sennett en 1912) à un univers cinématographique enrichi par le son et par des questionnements contemporains à Tati s’affranchit de la datation des événements filmés.

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Playtime de Jacques Tati Tati © Les Films de Mon Oncle / Specta Films CEPEC. Tous droits réservés

Certaines œuvres deviennent, au fil du temps, des documents. En ce sens, l’évolution de Nanni Moretti est significative. Certes, La chambre du fils fut identifié, dès sa présentation cannoise, comme un point d’articulation essentiel dans le travail du cinéaste mais sa présentation rochelaise, au contact de films antérieurs et ultérieurs de l'auteur, donne sans doute plus de relief à l’imbrication du contenu des films aux thématiques chères à Moretti. De la même manière, Mia Madre, au regard de l’œuvre, ne constitue pas plus une rupture. Nous y voyons le prolongement mélancolique d’une réflexion sociétale que certains traits comiques ou tragiques dissimulent pudiquement dans d’autres films. Le rire n’est jamais franc chez Moretti, il n’est que la tentative ultime d’exorciser des peurs ou de repousser le constat d’une incapacité à influer sur le cours des choses.

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Mia Madre de Nanni Moretti © Alberto Novelli

À ce titre, d’autres ont choisi différents moyens pour exprimer une pensée finalement assez voisine de celle du cinéaste italien. Nous pensons à Cristian Mungiu venu, pour la plus grande joie des spectateurs, présenter ses films et notamment Fjord, récente palme d’or cannoise, ou même Andreï Zviaguintsev qui a accompagné son nouveau film Minotaure, Grand Prix du Jury à Cannes en mai dernier.

Chez Mungiu, et dans Fjord en particulier, nous y reviendrons, le cinéma joue avec les attentes des spectateurs. Jamais contenté, le besoin de réponses du public reste inassouvi ; c’est au spectateur de travailler, c’est-à-dire de réfléchir. Les films du cinéaste reposent donc sur un développement narratif au suspens diffus et néanmoins établi. Choisir un camp ? Le cinéaste s’en défie. Cependant, si cette réserve se vérifie systématiquement dans la dramaturgie, elle est contredite par la mise en forme du propos. Car, avec un peu d’attention, il est évident que Mungiu exprime une pensée sur les faits décrits et souvent empruntés au réel à partir de faits divers ou autres. Là réside toute la complexité et la beauté du cinéma de Mungiu, savoir débusquer les pensées du cinéaste derrière un plan ou un mouvement d’appareil afin de confronter ses propres idées à celles du cinéaste. Un film de Mungiu est un débat sans fin qui s’éternise bien au-delà des projections.

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Fjord de Cristian Mungiu © Le Pacte

Quant à Zviaguintsev, là aussi, quelques mystères entourent les significations de sa dernière œuvre. Cependant, le point de vue de l’auteur est plus évident dans la mesure où forme et contenu vont ici de pair. Mais ses films arpentent aussi des zones grises. Prenons Minotaure, son nouveau film. Déjà quelques questions assaillent le spectateur au fil des séquences : pourquoi ce titre se greffe-t-il sur une reprise du scénario de Claude Chabrol élaboré pour La femme infidèle (1969) ? En quoi cette étude de la bourgeoisie française de la fin des années 1960 rejoint-elle notre monde en général et la Russie de 2022 en particulier ? À quel moment la question du mythologique entre-elle en résonance avec la Russie de 2022 ? Autant de questions qui resteront sans réponse si le spectateur ne se livre pas à une immersion totale dans le film, c’est-à-dire s’il ne prend pas en considération le tout filmique (cinétique, construction des plans et développement dramaturgique). Le film est implacable. Son recours à un processus métonymique, nous y reviendrons également, inquiète en profondeur, ce que son narratif mathématique amplifie par ailleurs. Un signal d’alarme ? Un rappel plutôt.

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Minotaure d'Andreï Zviaguintsev © MK-Productions-CG-CinemaB

Les gros événements du festival tournaient autour des avant-premières associées à des films présentés en compétition à Cannes avec plus ou moins de succès. L’inconnue d’Arthur Harari, Histoires de la nuit de Léa Mysius, Soudain de Hamaguchi Ryūsuke, Fjord de Cristian Mungiu, Sheep in the box de Kore-eda Hirokazu, Minotaure de Andreï Zviaguintsev ou encore Notre Salut d’Emmanuel Marre attisaient inévitablement la convoitise des spectateurs. Mais d’autres films se révélèrent tout aussi satisfaisants et contentèrent visiblement les heureux cinéphiles présents lors de leur présentation. Mentionnons ainsi les films suivants, tous plébiscités par les festivaliers : Adieu monde cruel de Félix de Givry, La Gradiva de Marine Atlan, Dua de Blerta Basholli, Merci d’être venu d’Alain Cavalier, Une vie manifeste de Jean-Gabriel Périot, Vesna de Rostislav Kirpičenko, No good men de Shahrbanoo Sadat, Le triangle d’or de Hélène Rosselet-Ruiz… Autant d’œuvres qui vont baliser l’année cinématographique.

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Le triangle d'or de Hélène Rosselet-Ruiz © Les Films de Pierre

Le FEMA 2026 referme donc une nouvelle édition fidèle à ce qui fait sa force depuis toujours : une programmation qui ne cherche pas à imposer une vision du cinéma mais à faire dialoguer les œuvres, les époques et les regards. La cinéphilie y est affaire de découvertes autant que de retrouvailles et de réflexion autant que de plaisir partagé. À l'heure où l'expérience collective du cinéma s’affaiblit, La Rochelle rappelle qu'un festival peut encore être un lieu de transmission, de curiosité et de conversation. Le FEMA 2026 s'est refermé, vive le FEMA 2027 !

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No good men de Shahrbanoo Sadat © Virginie Surdej

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