Splitscreen-review Image de La Gradiva de Marine Atlan

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La Gradiva

Publié par - 26 octobre 2026

Catégorie(s): Cinéma, Critiques

La Gradiva, le titre du premier long-métrage de Marine Atlan, est énigmatique. La cinéaste s’en est expliquée : « Le titre vient d’une nouvelle de Wilhelm Jensen qui raconte l’obsession d’un archéologue pour un bas-relief représentant une femme qui marche (Gradiva en latin). Il l’imagine Pompéienne et poursuit ce fantasme jusqu’aux ruines ensevelies sous l’éruption du Vésuve. Je l’ai découverte par Freud, qui a étudié cette nouvelle pour travailler l’interprétation des rêves. Pompéi devient pour lui un territoire propice à figurer l’inconscient ». Ces quelques mots d’explication quant à l’intitulé du film donnent le ton, contextualisent et initient une série d’actions que les images retranscrivent.

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Le film déploie une dramaturgie qui se nourrit d’un trajet à travers l’espace et le temps. Un voyage scolaire à destination de Pompéi sert de catalyseur à l’expression de questions qui traversent les lycéens présents. Dès lors que le groupe de lycéens arrive en Italie, au contact d’un passé culturel qu’ils n’imaginaient pas aussi en adéquation avec leur vie, les interrogations existentielles qui les taraudent et qui se partagent entre frustrations, sentiments amoureux et inquiétudes quant à leur avenir, prennent une autre résonnance. Inévitablement, sur le site de Pompéi ou dans les musées, l’histoire et le mythologique s’invitent pour éclairer des situations ancrées dans un réalisme revendiqué par les attitudes et les échanges entre les protagonistes. La Gradiva est un film écrit au présent.

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La Gradiva repose sur un télescopage inattendu. Le film se propose d’examiner les réactions de jeunes individus au contact de monuments et de ruines hantés par des récits teintés d’atemporalité. Car finalement, les questions que se posent les lycéens du voyage, voire celles que se pose leur enseignante, principale organisatrice du séjour, se superposent à celles d’ancêtres indéfinissables, se matérialisent soudainement à l’écran par un jeu de projections et d’identifications. Un passé familial fantasmé est écorné par le réel, des sentiments surgissent où on ne les attend pas, une lassitude s’empare de quelques-uns ou de quelques-unes. Surtout, tous sont soudainement pris par un sentiment mélancolique qui revendique son origine dans la prise de conscience que ce qui dirige nos actes relève d’une forme de vanité.

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Alors il faut s’en accommoder, il faut chercher des repères susceptibles de nous aider à surmonter les mêmes obstacles affectifs que d’autres, certainement, ont pu vivre par le passé. Mais le sentiment de finitude l’emporte. Rien n’incite quiconque à l’euphorie. Même ceux qui ont obtenu les formations post-bac désirées via l’abstraction algorithmique de Parcoursup sont gagnés par une langueur irrépressible. Le chemin initiatique promis par le sujet de La Gradiva est au rendez-vous. Le film est une sorte de relevé sismique qui mesure et enregistre les mouvements intimes de quelques personnages autour desquels gravite le reste du groupe. L’initiation est ici un éveil douloureux. Le personnage, par exemple, de Toni (Colas Quignard) réalise, au fil du temps et au contact des lieux, qu’il n’échappera pas à la causalité qui le façonne depuis son enfance. Il n’est que la citation de ce qui lui préexiste. Rompre avec cette destinée semble impossible. D’autant que le miroir que lui tendent les ruines de Pompéi est sans pitié. Toni, on le comprend assez tôt dans le film, s’inscrit dans une logique qui l’associe à un personnage de tragédie.

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Alors que chacun se nourrit de l’expérience anthropologique du voyage, les consciences s’animent et se peuplent de sensations inédites et de pensées nouvelles. Le film délaisse alors le schéma d’un récit initiatique construit autour de péripéties identifiables par tous pour s’aventurer sur des territoires implantés dans l’intimité profonde des êtres. Le contraste est saisissant : le film est passé d’un récit à la forme calquée sur la tonicité des rapports adolescents à une ambiance méditative, ce qui se vérifie également à travers les dialogues qui sortent des attendus (parlé indexé sur la réalité sociale de chacun, indexation aux tics de langage contemporains) pour se conformer à une construction plus savante, plus érudite. La Gradiva bascule alors dans une forme de métaphysique afin d’atteindre une essence du réel au-delà de toute considération sensible et matérielle. C’est ce qui en fait toute la beauté.

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Crédit photographique : ©Films du poisson, Bibi Film TV, Arte France Cinema

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