Sayonara, image du film

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Sayônara

Publié par - 29 mai 2017

Catégorie(s): Cinéma, Critiques

Une jeune femme allongée à l’aspect torturé avec derrière elle une lumière chaude, aussi douce et rassurante qu'inquiète par son étrange intensité, à travers une fenêtre faisant office d’ouverture sur le monde. Ce plan, présent et répété tout au long de Sayônara, nouveau film de Fukada Koji, fait irrémédiablement penser au tableau d’Andrew Wyeth Christina’s World . Il représente l’une des métaphores fortes du métrage, celle d'une humanité faible et temporaire écrasée par notre monde stoïque et inébranlable, qui tiendra toujours debout tant bien que mal lorsque l’humain ne sera plus.

Nouveau film ? Pas vraiment, puisque Sayônara fut réalisé avant Harmonium, sorti il y a quelques mois en France. Son succès en salle nous vaut aujourd’hui l’immense plaisir de découvrir cette œuvre poétique et fascinante traitant du monde post-nucléaire et de post-humanité, inspirée d’une pièce de théâtre de quinze minutes déjà interprétée par la paire de comédiens présents à l’écran.

L’intrigue se déroule dans un futur tout proche (contemporain ira même jusqu’à dire son metteur en scène), où des explosions en chaîne de centrales nucléaires provoquent l’exode total des japonais vers le reste du monde. Dans ce contexte, une jeune femme très malade ( Bryerly Long extraordinaire de réalisme) contemple l’injustice gouvernementale des évacuations, les démons du passé affrontés par ceux qui restent et l’évolution de son environnement avec son androïde de compagnie (Geminoid F, être entièrement synthétique physiquement présent sur le plateau de tournage).

C’est par le biais de ce dernier que le flou existentiel s’installe entre une jeune femme dépérissante et ce symbole de la robotique potentiellement éternel. De véritables émotions se dessinent dans les traits à la fois figés et animés de ce personnage mis en scène comme un être humain. Contrairement à des films traitant de la robotique tels Metropolis, Blade Runner ou A.I, l’utilisation d’un véritable androïde pour travailler le cadre et les thématiques fait naitre chez le spectateur une sensation troublante, inconnue sur des sujets qu’il pensait balisés.

Sensation, contemplation, absorbtion… Sayônara nous aspire complètement dans ce rythme lancinant, parfaitement maîtrisé par un réalisateur souhaitant faire du memento mori la pierre angulaire de son film. Là où la pièce originale se résumait à une discussion entre la jeune fille et le robot, Fukada nous éblouit par une photo de fin du monde sublime d’ambiguïté signée Ashizama Akiko (une fidèle de Kiyoshi Kurosawa) et des audaces de mise en scène qui placent l’œuvre à un niveau d'excellence. On citera rapidement une séquence complètement anamorphosée, sorte de brouillard visuel entre le point de vue de l’homme et de la machine, ou encore deux plans séquences purement cinématographiques dans le sens premier du terme, qui resteront gravées très longtemps dans la mémoire collective des spectateurs qui auront eu la riche idée de se déplacer pour contempler cette fin de vie unique.

On pense à Dolls de Kitano dans l’utilisation de corps « inanimés » comme véhicule d’émotion et de message, ou encore à Land of Hope de Sono Sion pour la justesse du propos alarmiste post-nucléaire… Mais Fukada, fer de lance de l’Independant Cinema Guild, transcende et fédère ces modèles pour atteindre, dès son 5ème long-métrage, une identité forte et indépendante sur la place du cinéma japonais contemporaine.

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