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The mermaid

Publié par - 9 juillet 2017

Catégorie(s): Cinéma, Sorties DVD/BR/Livres

Shan, une jolie sirène, est sommée par les siens d’assassiner Xuan, un promoteur immobilier dont le travail menace l’écosystème. Problème : la belle tombe amoureuse de cet homme qu’elle devait empêcher de nuire...


Près d’un an après sa sortie Blu-ray aux États-Unis, et alors que le film n’est toujours pas prévu en France tout en continuant d’être diffusé en festival, il est judicieux de donner un coup de projecteur sur The Mermaid, carton au box-office chinois puisque actuel détenteur de la meilleure recette en salle jamais enregistré sur son territoire. Alors que son metteur en scène Stephen Chow, immense star locale venu de Hong-Kong, avait trouvé grâce aux yeux des distributeurs internationaux avec Shaolin Soccer (2011, avec 660 000 entrées en France tout de même) et Crazy Kung-Fu (350 000 entrées), le reste (réussi) de sa carrière ne s’accompagnera malheureusement pas d'une exportation similaire.

Associé à l'image du clown triste au civil, Stephen Chow fait l'objet de toute les fascinations dans son pays et même plus globalement en Asie. Il est considéré comme un roi incontesté de la comédie, connu de tous et massivement apprécié, forgeant son identité de comédien élastique et complètement visuel sur des classiques de la Hong-Kong Comedy tels Royal Tramp ou Le Roi Singe. Passé à la réalisation en 1994, il signe des sommets du genre avec God of Cookery en 1996 ou encore King of Comedy en 1999. En 2013, il quitte Hong-Kong pour signer son 1er film chinois (Journey to the West) qui le verra désormais se consacrer uniquement à son travail de metteur en scène. Les thématiques de son œuvre sont claires et se déclinent à chaque film : une fascination pour la marginalité, l’homme de la rue et ses envolées grotesques mais humaines. Il l’oppose toujours à une « élite » aveugle, prétentieuse et dénuée de valeurs morales. Là où l’on peut supposer naïveté et manichéisme, la vie au quotidien de Stephen Chow  (allergique aux mondanités) et son engagement social de toujours lui donnent une formidable crédibilité à l’écran. D’autant qu’il s’agit toujours bel et bien de comédie, où des traits caricaturaux trouvent souvent cohérence dans l’univers en question.

Il en sera de même dans The Mermaid, fable écologique que l’on pourrait rapprocher de Okja, visible depuis peu. Tout comme chez Bong Joon-Ho, Stephen Chow met en place un univers coloré, charmeur et un peu fou qui glissera lentement vers une sordide réalité et une réappropriation d’images choc connues du grand public. Les abattoirs aveugles chez le coréen, les massacres de dauphins chez le hongkongais figurent nne violence (assez graphique il faut le souligner) vecteur de message social et politique donc, ce qu’elle est par nature. Et si ces instants, étonnants pour un film familial, sauront toucher le spectateur, c’est que The Mermaid sait tout au long de son histoire nous séduire avant ce pamphlet bienvenu provenant d’un pays où la population sous-marine ne possèdent aujourd’hui aucun droit.

En bon maître de la sino-comédie, Chow applique son savoir-faire. Le principe repose sur la mise en place d'un rythme endiablé teinté d'un humour oscillant toujours entre l’humiliation et le potache. Lui-même acteur de génie, gérant parfaitement son corps dans l’espace cinématographique, il transmet une nouvelle fois son art de la comédie très visuelle au duo Yun Lin (délicieuse sirène) – Chao Deng (le milliardaire archétypique de ses rôles passés). On retrouve la dualité rue/building avec cette histoire sirène/promoteur en y ajoutant donc cette fois le vecteur écologique à celui du social, présent dès la scène d’ouverture hilarante et au multiple degrés de lecture. Elle est à l’image de ce qui fonctionne le mieux dans le film, quelques comédiens dans un endroit atypique et la caméra qui prend part entière dans la situation comique (la tordante scène du commissariat). C'est d'ailleurs en ce point précis que Chow a toujours été le plus à l’aise, à l’inverse de sa gestion abominable des effets numériques, n'hésitant pas à porter le film, par moment, à des sommets de ringardise.

Absurde mais complètement humain, The Mermaid mérite que l’on s’y attarde pour comprendre cet engouement en salle (1er film à atteindre les 500 millions de dollars de recette, écrasant le Monster Hunt de Raman Hui en seconde position avec 373 millions) qui traduit une prise de conscience des problèmes écologiques dans une certaine population chinoise. Volonté peut-être factice, à l'image de ces écrans de cinéma où comédiens et comédiennes font semblant durant une heure et demi, mais palpable malgré tout.

A noter que le Blu-ray américain contient une piste de sous-titre français.

Compléments du film :

Making-of The Mermaid (13mn25)

Un passage en revue assez rapide sur toutes les particularités du projet (création de la sirène, direction artistique, tournage en mer…) Ponctué des traditionnels spoof inhérent à tous bons films chinois, il s’agit du seul bonus vraiment intéressant puisque assez libre dans son ton et riche en infos pratiques.

Music Video – Invincible (1mn34)

Le clip officiel d’un morceau du film. Ni plus ni moins.

The Mermaid : Behind the Scenes (1mn49)

Le type de bonus qui brûle les yeux de tous collectionneurs vidéo. Une succession d’interviews promotionnelle rigide et sans âme.Image du film de Stephen Chow The Mermaid

Suppléments:
- Making of the Mermaid (13mn25)
- Music Video (1mn34)
- The Mermaid: Behind the Scenes (1mn49)

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