John Wayne dans The searchers de John Ford

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66 à 666, déroute

Publié par - 11 septembre 2017

Catégorie(s): Cinéma

Itinérance, errance. Perte et fuite. N'y allons pas par quatre chemins. Observons cet homme, si nous avons le temps, oui, nous sommes dans un fauteuil, lui dans un désert. Il marche vite, il est déterminé. Il boit, finit la gourde, visse le bouchon, la jette hors-champ, il n'est pas un cowboy en perdition ni un indien en recherche d'une réserve. Il porte casquette, ne porte pas arme. Musique de Ry Cooder, il cherche Paris. Prononcer "Parisse". Tout Wenders dans une poignée de pas ; quelques glaçons croqués. Itinérance, on va. On verra bien comment et où ça finit.Haary Dean Stanton dans Paris , Texas de Wim Wenders

Et si on reste vivant au bout du film. Puisqu'il s'agit de fiction, le monde réel n'offrant pas la possibilité d'itinérance gratuite. Migrant ? Il était une fois en Amérique. Évadé ? La grande illusion : le soldat allemand ne tire plus, il prononce "Es ist besser für sie". Passons. Passons la frontière.Image de La grande Illusion de JEan Renoir

"Le Tour de la France par deux enfants", initiation à la lecture et à la République. Ils arrivent à Saint-Étienne. Si le demi-tour existait en lecture, ils l'auraient fait. Il faut avancer, voir Saint-Étienne, voir Nastassja Kinski dans le peep-show, arriver en Suisse pour échapper à la guerre et la continuer : il faut que le trajet soit une aventure. On traverse un pays à moto, Easy Rider ou en décapotable, Thelma & Louise et Le fanfaron, pour finir dans le vide. Le générique de fin nous ramène à notre propre déshérence. Et nous retrouvons le chemin de notre maison. "There's no place like home", nous dévoile Le magicien d'Oz. Ainsi, à la fin de La prisonnière du désert, John Wayne réunit sa famille (il a ramené Natalie Wood et ce n'est pas rien) mais ne rentre pas dans la maison, il va, il fuit. La porte se referme. Fin de l'itinérance, début de l'errance. Qui a fermé la porte ? Le spectateur.Image du Magicien d'Oz

Pas de maison pour le Capitaine Achab, pas de prison pour Long John Silver et les enfants de Jeux interdits sont dans un exode permanent. On ne reste pas à Gattaca ni à Moonfleet, on n'épouse pas le Minotaure, la rivière est sans retour.

Reprenons. Ce qu'on aime dans Bullitt, c'est la poursuite avec la Mustang. Ce qu'on aime dans Trafic comme dans l'Odyssée, ce sont les arrêts accidentels avant d'arriver en retard. Ce qu'on aime dans Alien 1,2,3,4,5, ce sont les transformations du corps de la bête qui finira bien par devenir humaine, à force de se rapprocher de la Terre. Gravity nous y fait revenir, il a fallu passer par des mondes inconnus, illisibles, tridimensionnels.Image de Gravity de Alfonso Cuaron

Dans Stalker, on voudra se chercher dans les flaques d'eau par soif d'initiation :  on est perdu, on réfléchit. Ce qu'on aime dans Duel, c'est qu'aussi ça finit dans le vide, sans que tout fut expliqué, dernière danse pour le camion vide du Salaire de la peur. Ce qu'on aime dans Dead Man, c'est que le mort-vivant doit nécessairement être en mouvement. Ceux de Romero sont de plus en plus lestes.Image de Duel de Steven Spîelberg

Ce qu'on aime dans le cinéma, c'est le mouvement. Dès que la caméra se libéra du trépied, elle voyagea. Et on voyagea. On commença devant une usine puis on alla sur la Lune, en trucages ou en travellings, affaire de moyens, affaire de morale.

On se trouve en se perdant, on veut se pencher à tous les virages qui pourraient révéler des espaces, des personnes. Espace noir, 66 une ligne droite pour l'enfer 666, la salle se rallume. "Mehr licht".Image de Once upon a Time in America de Sergio Leone

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