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Les invités du festival J3

Publié par - 18 octobre 2017

Catégorie(s): Cinéma, Expositions / Festivals

Le Festival nous donne aussi, chaque année, l’occasion de découvrir et d’écouter ses invités. Les publics variés de cinéphiles, fans, ou curieux, se réunissent toujours en nombre pour ces rencontres, masterclass ou simples présentations de films. Il ressort souvent de ces échanges quelque chose de révélateur à la fois des intentions et inspirations du travail mais aussi de la vie de ces acteurs et réalisateurs d’horizons diverses. Surtout, peut être, l'évolution du festival, de son public et "l'envie de cinéma" qu'il insuffle se cristallise dans ces échanges. Cette année Tilda Swinton, Guillermo Del Toro, Jean-François Stevenin, Anna Karina, William Friedkin, Diane Kurys, et Wong Kar-wai se prêtent à l’exercice de la masterclass. Micheal Mann, Alfonso Cuarón et Nicolas Winding Refn quant à eux proposent un échange avec le public autour de films qu’ils viennent respectivement présenter.

Lundi étaient notamment invités à s'exprimer Guillermo del Toro et Alfonso Cuarón, donnant à cette journée une touche indubitablement mexicaine. Leurs carrières, internationales, offrent des points de vue très différents mais tout aussi passionnants.

C’est sur Radio Lumière que j’ai écouté la Masterclass très prisée de Guillermo Del Toro. En plus de la retransmission de toutes les masterclass en direct, la radio propose tout au long du Festival des bandes son cinématographiques, et des entretiens réguliers, avec les habitués du festival et de nombreux invités. À écouter entre deux films, sans modération.

Guillermo Del Toro est ultra rodé à l'exercice. Très "bon client", son discours, à peine aiguillé par les questions de Didier Allouch, est fluide, sans difficulté d'élocution et balaie ses grands thèmes, méthodiquement, avec passion. Il impose un respect immense à son auditoire et son rire est contagieux.

Le public vient peut-être aussi chercher de quoi se rassurer à propos de ce réalisateur que l’on croit connaître. Oui, c’est rassurant de l’entendre parler de son enfance, de la sévérité de son éducation catholique, des mélanges traumatisants entre violence et vertu imposés par sa grand-mère et son école. C’est réconfortant d'entendre le réalisateur du Labyrinthe de Pan parler de ses échappatoires, rêves ou cauchemars qui se nourrissent de son quotidien, son inclinaison envers les contes, les mythes et leurs monstres grotesques, qui ont l’avantage d’être beaucoup plus clairs dans leurs messages que la religion qu’on lui apprenait. Sa sainte trinité personnelle : Frankenstein, le loup garou, l'étrange créature du lac. Ses films sont autant de "petits" autels érigés en mémoire de ses obsessions, de Cronos à Pacific Rim, jusqu'à The Shape of Water présenté en avant première au festival.

La retransmission audio sera proposée sur le site du festival, et le propos résume très efficacement sa vision du cinéma. Il traite de sa conception du fantastique d’horreur dans ce qu’il tient du conte et de la dichotomie entre art et industrie inhérente à ce genre de cinéma spécifiquement. Enfin, il y défend l’importance de réhabiliter, à travers la critique, le travail formel des classiques et la place primordiale de la restauration dans ce phénomène : ce qui pourrait aussi être en soi le slogan du Festival Lumière.

Il y a des orateurs très sûrs d’eux comme Guillermo Del Toro. Ils proposent une vision du cinéma, ils acceptent et embrassent leur rôle et l'influence qui en découle. Et puis il y en a d’autres, comme Alfonso Cuaron, qui viennent présenter un film non pas parce qu’il faut l’avoir vu pour comprendre le/son cinéma, mais parce qu’il espère que le film nous plaira.

La Fórmula Secreta, film social, expérimental, réalisé en 1964 est un moyen métrage de Rubén Gámez. Le film quasi inconnu hors de son pays d’origine tient particulièrement à cœur à Alfonso Cuaron. Il souhaite transmettre le sentiment de renouveau qu’il a senti en le voyant adolescent la première fois.

Lorsqu’il présente le film au côté de Thierry Frémaux, on le croirait presque revenu à l’époque de ses études. C'est avec une certaine excitation qu'il en parle, mais prend toutefois mille précautions pour nous préparer à le regarder et à l’apprécier. Il nous prévient prudemment de l’absence de narration tout en nous invitant à ne pas chercher des significations dans chaque image. C’est une poésie, pas un film à clef.

Il nous avertit, à juste titre, qu’il n’y a pas véritablement d’inventions formelles dans le film. Il cite rapidement Griffith, Vertov et puis nous invite à regarder pour pouvoir en parler ensuite ensemble.

Le film très simple dans son dispositif formel, sur un texte de Juan Rulfo, offre un impressionnant travail de montage d'images chocs, flirtant avec le surréalisme. Cependant, si le métrage n’a pas de véritable narration, il reste toutefois très clair dans son propos. Il dépeint une société mexicaine atteinte d'une maladie dont les symptômes prennent la forme de la surconsommation, la mondialisation et la religion. Une forte amertume à l'encontre des États-Unis imprègne tout le film dont le premier titre était Coca-cola en la sangre. Les objets du travail et du religieux prennent toute la place de l’action et la caméra elle-même va jusqu'à écorcher un personnage en se rapprochant trop près de lui. Les personnages n’en sont pas vraiment, portraits fixes de mexicains au travail, ils subissent l'inégalité sociale et leur relation au monde passivement.

Après la projection, lors d'une série de questions/réponses, certains se prennent au jeu de l’analyse filmique en demandant aiguillage à Alfonso Cuarón. D’autres cherchent plutôt à mieux connaître le réalisateur de Gravity à travers ce film qu’il a choisi de présenter. L'échange est d'une rare pertinence, échappant complètement aux banalités habituelles. Le film a provoqué comme un élan de cinéma dans toute la salle.

Quant à la relation d'Alfonso Cuarón à La Fórmula Secreta, elle est plutôt sentimentale. Mais il admet qu’il y a des aspects, dans les thèmes plus que dans la forme, qui se retrouveront dans son prochain film, purement mexicain, dont le tournage est terminé et qui est encore sur le banc de montage.

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