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L'enfance de/dans l'art

19 avril 2018

Edito

L’enfance est, a priori, une période privilégiée qui permet des évasions constructives. Qu’il est doux s’extraire du monde à loisir ! Mais il faut en profiter car hélas, ou tant mieux, cela ne dure pas. L’enfance est ce temps de l’existence où la conscience n’est pas encore tourmentée par des contraintes matérielles et si quelques impératifs naissent petit à petit, l’enfance demeure le seul espace où l’être humain peut vivre en toute liberté les fantasmagories les plus inventives.

L’enfance, c’est aussi le pouvoir de s’oublier, de s’abandonner. Ce sont là d’heureuses et édificatrices sensations qui laisseront en chacun de nous d’indélébiles traces qui motiveront l’individu, une fois devenu adulte, à retrouver ou même refabriquer un passé où tous les possibles s’offraient à lui. L’enfance, c’est le temps des tracas mineurs, de l’innocence, de l’insouciance. Elle possède cette vertu de ne pas pouvoir perdurer. La conscience de sa finitude est d’abord celle de l’enfant lui-même qui, devant l’ignorance ou l’aveuglement des adultes, jouera à prolonger ce temps de l'enfance par de savoureux stratagèmes.

Mais l’enfance est multiple et dépend de ses conditions d’existence et de décisions qui, le plus souvent, lui échappent.

Pour en venir à notre questionnement du mois, l’enfance dans l’art est toujours l’objet de spéculations intellectuelles fomentées par les adultes. C’est parce que l’enfant évoque des sensations que l’adulte pense souvent perdues. S’établissent alors des connectiques étranges et ô combien fructueuses entre l’artiste, le spectateur et l’objet de la production artistique. C’est que l’enfance, dans sa pluralité, peut tout aussi bien incarner le désarroi du genre humain qu’un espoir totalement irraisonné.

Les œuvres ne sont jamais aussi grandes que lorsque l’artiste s’est intéressé à l’enfant pour ce qu’il représente dans l’imaginaire collectif. Souvent l’enfance est associée au temps de toutes les expérimentations, qu’elles soient physiques ou sentimentales. Comment les émotions surgissent, explosent ? Quels champs de réflexions parcourent l'enfant ? Comment devient-il adulte ?

Ne nous y trompons pas, ce qui est le plus palpitant, c’est l’espace de projection que constitue l’enfance qui intéresse le spectateur ou l’artiste. Car nous ne pouvons distinguer dans la représentation que ce que nous connaissons de cet état. Voir une représentation de l’enfance nous interroge sur ce qui motive l’artiste, ce qu’il est ou a été mais aussi sur ce que nous sommes ou avons été.

L’enfance de l’art évoque plutôt une candeur qu’il nous plaît d’imaginer, de réinventer ou de fantasmer. Là encore, il s’agit de projections intellectuelles. Mais cette fois, elles interrogent la forme ou plutôt la mise en forme. Les réflexions ou les émotions qui en découlent diffèrent de celles évoquées plus haut. C’est qu’il est question ici d’envisager une matière originelle qui ne demande qu’à muter, se transformer et s’enrichir de nouvelles données au fil de son développement. L’enfance de l’art, comme idée, comme principe, fait la part belle au mouvement, à l’insolente envie de tout détruire pour mieux reconstruire.

Ce mois-ci, nous avons souhaité observer comment ces deux approches se matérialisent dans les champs d’expressions qui nourrissent Splitscreen-review et voir si des domaines particuliers coïncidaient avec ces idées généralistes.