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Les invités du festival J5

Publié par - 20 octobre 2017

Catégorie(s): Cinéma, Expositions / Festivals

Anna Karina à 77 ans est venue à son tour se raconter à la Comédie Odéon face au public du festival. Thierry Frémaux était ému, même un peu maladroit dans sa présentation, mais plein de bonnes intentions. L'analyse et les questions de Virginie Apiou qui animait le dialogue offrent des perspectives cruciales. Comme toutes les masterclass de ce festival, l'enregistrement est disponible sur le site de l'Institut. Mais c'est certainement sa présence qui faisait de ce moment un évènement, de cet espace un lieu privilégié. On perd toujours quelque chose dans la reproduction. Ici on perd l'essentiel.

La question du vocabulaire n'est pas vraiment importante, mais en ce jour sans doute encore plus que les autres, le terme de masterclass n'est définitivement pas adéquat. Il n’y avait pas de leçon à recevoir. Ce n'était évidemment pas une classe. Il y a énormément de sens à inviter Anna Karina au Festival Lumière bien sûr, à l’écouter et à la voir : c’est l’icône, l'égérie d'un cinéma. Et pour ça le public, très différent du public des jours précédents, est venu très en avance et en très grand nombre.

Qu'est ce qu'elle a dit ? Elle n’a rien dit. Mais il fallait la voir comme une œuvre d'art. D'autant plus que dans son cas ce sont plusieurs œuvres, plusieurs chefs d’œuvres qui s'incarnent. Elle a su inspirer le cinéma et le public de ses films, pas seulement ceux de Godard.

Alors  Jean-Luc Godard, c'est évidemment un sujet, le passage obligé des premières questions et des premières anecdotes. La rencontre, initiée par Godard, qui avait repéré chez elle quelque chose dont il pourrait se servir dans ses films, pourrait être résumée par la question d'Anna Karina : "Faudra-t-il se déshabiller ?". C'est la raison de son refus de jouer dans À bout de souffle et c'est la raison qui la fera accepter le rôle dans Le petit soldat. On peut s'amuser à se demander si ce n'est pas aussi la question qu'elle lui pose quand elle le rejoint pour leur premier rendez-vous galant.

De son métier d'actrice elle raconte quelques histoires. Les noms, les films, les lieux sont évoqués rapidement, Rivette, Fassbinder, Visconti, Schlöndorff, les États-Unis. Elle semblait toujours ravie, elle les adore tous, sauf Fassbinder peut-être. Il était spécial, lui.

Ce qui en ressort, c'est qu'à cette époque elle semble emportée par le flot de ses rôles et de ses rencontres, jamais vraiment décisionnaire. Sa jeunesse semble être légère, impertinente. Même aujourd'hui c'est avec la même légèreté qu'elle raconte tout. Elle « ne sait pas pourquoi » on la choisissait, elle se laissait portée. On comprend l’importance symbolique donnée à cette toute première anecdote, la bravade du premier refus à Jean-Luc Godard, cette prise de décision radicale, qui semble s'effacer complètement par la suite.

Pourtant, une fois réalisatrice, elle assure un rôle qui lui ressemble plus aujourd’hui. Pour son film sorti en 1972, Vivre Ensemble, elle choisi dans un premier temps de gérer aussi la production, sous un faux nom, celui d'un homme. Elle admet qu'elle ne supportait plus qu'on lui demande "pourquoi une actrice voudrait faire de la réalisation ?"

Lors des derniers échanges, une question dans la salle en particulier semble lourde de sens. Une journaliste brésilienne s'interroge sur la Femme, sa condition et le rôle des icônes comme Anna Karina dans l’évolution de sa place dans la société. Elle répondra qu’elle était ravie de faire ces rôles et de ce qui lui arrivait, mais sur la question de l’influence des films sur leur époque, il faudrait demander aux réalisateurs concernés parce qu'elle n'est pas dans leur tête : « On faisait ce qu’on nous demandait ».

C'est avec légèreté, donc, que la question est éludée.

 

 

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